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Bulletin Quotidien Europe N° 13768
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ACTION EXTÉRIEURE / États-unis

Nous devons renforcer l’UE pour nous protéger de nos adversaires et des alliés qui nous défient, prévient António Costa

Après une série d’attaques verbales de dirigeants américains contre l’Union européenne, le président du Conseil européen, António Costa, a estimé, lundi 8 décembre, lors d’un débat à l’Institut Jacques Delors, à Paris, que l’Union devait se protéger contre les États-Unis.

« Si nous sommes des alliés, nous devons agir comme tels. Les alliés ne menacent pas d'interférer dans la vie politique intérieure de leurs alliés. On les respecte. On respecte la souveraineté des uns et des autres », a-t-il souligné.

Ainsi, alors que la stratégie nationale de sécurité américaine publiée fin novembre salue l'influence croissante des 'partis patriotiques européens', M. Costa a prévenu que les États-Unis ne pouvaient pas remplacer les citoyens européens pour distinguer entre les bons et mauvais partis politiques.

« Nous ne pouvons pas accepter cette menace d'interférence dans la vie politique de l'Europe », a-t-il expliqué.

D’après le président du Conseil européen, « si nous voulons nous protéger, non seulement contre nos adversaires, mais aussi contre les alliés qui nous défient, il nous faut renforcer l'Europe ». Et d’ajouter : « Nous avons besoin de nous concerter pour bâtir une Europe qui doit comprendre que les relations des alliés et les alliances d'après la Deuxième Guerre mondiale ont changé », une alliance forte en son sein comme sur la scène internationale.

Symbole de l'exacerbation extrême des relations transatlantiques, l'amende infligée par la Commission européenne à X, vendredi dernier (EUROPE 13767/1), est presque devenue, outre-Atlantique, un casus belli géopolitique. Ironiquement, c'est sur ce même réseau social que les réactions sont les plus polarisées.

Elon Musk, milliardaire propriétaire de la plateforme, n'a pas hésité à republier un post comparant l'UE au Troisième Reich nazi, quelques heures après avoir appelé au démantèlement de l'Europe. « L’UE devrait être dissoute et la souveraineté restituée à chaque pays, afin que les gouvernements puissent mieux représenter leur population », a-t-il déclaré, samedi. Une prise de position saluée par Dmitry Medvedev, le vice-président du Conseil de sécurité de Russie.

Ouvertement en croisade contre la législation européenne et notoirement opposé à toutes les décisions de la Commission, qu'il compare à la Stasi [police politique de l’ex-Allemagne de l’Est], Elon Musk est pourtant loin d'être le seul, ce week-end, à avoir pris la plume pour attaquer frontalement l'UE.

Nombre d'élus américains et de personnalités du réseau social, majoritairement marqués à droite, ont vivement condamné la décision européenne. « L'amende (...) infligée par la Commission européenne n’est pas seulement une attaque contre X, c’est une attaque contre toutes les plateformes technologiques américaines et le peuple américain par des gouvernements étrangers», tançait le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, vendredi soir.

Des déclarations dénoncées, lundi, par la Commission elle-même. « Cela fait partie de la liberté d'expression que nous chérissons dans l'UE, et qui permet les déclarations les plus folles », a déclaré la porte-parole de l'institution de l'UE, Paula Pinho.

De son coté, António Costa a expliqué que les États-Unis ne pouvaient pas remplacer l'Europe dans la vision qu'elle a de la liberté d'expression. « Il n'y aura pas de liberté d'expression, si la liberté d'information des citoyens est sacrifiée pour défendre les oligarques technologiques des États-Unis », a-t-il prévenu.

Cette vague de récriminations, couplée à la sidération provoquée par la nouvelle stratégie de sécurité des États-Unis, a déclenché une vraie-fausse « guerre d'opinions » en ligne entre les partisans et les opposants à l'UE.

Au cours du week-end, le réseau social a été inondé de drapeaux européens, accompagnés d'une série de messages publiés par des responsables gouvernementaux et des chefs d'État dénonçant les mensonges et les attaques provenant de l'autre côté de l'Atlantique. « Allez sur Mars. Ils ne censurent pas les saluts nazis là-bas, » a ainsi rétorqué Radosław Sikorski, vice-Premier ministre de la Pologne, à un message d'Elon Musk. (Isalia Stieffatre et Camille-Cerise Gessant)

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