L'Union européenne ne veut plus être ouverte au commerce à n'importe quel prix. Dans sa « doctrine de sécurité économique », présentée mercredi 3 décembre, la Commission européenne explique vouloir faire un usage plus proactif de tous les outils qui peuvent servir ses intérêts économiques, qu'il s'agisse de défense commerciale, de concurrence ou encore des programmes de financement européens.
Car, « même un champion du commerce ouvert sait que l'ouverture sans la sécurité mène à la vulnérabilité », a affirmé le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič.
Dès lors, la doctrine qu'il a présentée suggère d'adopter une approche proactive et ciblée, surtout dans les secteurs à haut risque. Pour cela, « l'UE, les États membres et les entreprises devront accepter de plus en plus les coûts économiques qui vont avec une résilience et une sécurité accrues », admet la Commission dans son communiqué.
Six domaines de priorité sont identifiés pour concentrer les efforts dans les prochaines années : - réduire les dépendances stratégiques ; - attirer les investissements sûrs ; - soutenir l'industrie de la défense et de l'espace ; - garantir un leadership européen dans les technologies critiques ; - protéger les données sensibles ; - protéger les infrastructures critiques.
En termes pratiques, cela se traduit, par exemple, par le fait que la Commission prendra davantage en compte les enjeux de sécurité économique lorsqu'elle prendra des décisions sur les instruments de défense commerciale ou sur des cas de concurrence.
Cela passe également par de nouvelles initiatives pour limiter les dépendances et les risques, à l'instar du plan d'action RESourceEU sur les matières premières critiques, présenté le même jour (voir autre nouvelle).
De manière opérationnelle, la Commission veut créer un 'hub d'information' sur la sécurité économique, capable de rassembler les informations collectées par différents mécanismes en place - publics et privés - et qui sont pertinentes pour identifier les secteurs à risques. Les flux commerciaux dans ces secteurs risqués seront surveillés de près.
La Commission suggère aussi que chaque État membre de l'UE se dote d'un conseiller (de haut niveau) sur la sécurité économique. En réunissant ensuite régulièrement les 27 conseillers nationaux, elle veut promouvoir une coordination accrue entre les politiques nationales.
Au-delà des frontières de l'UE, la Commission veut renforcer la coopération avec des partenaires proches sur la sécurité économique. Elle souhaite notamment travailler au développement de normes en la matière pour construire des chaînes de valeur résilientes. Pour cela, les partenaires du G7 ou du Partenariat transpacifique (CPTPP) semblent tout indiqués.
Voir la doctrine sur la sécurité économique : https://aeur.eu/f/jtk (Léa Marchal)