La commission de l’agriculture du Parlement européen s’est montrée inquiète, jeudi 20 novembre, à propos de la situation du marché et des professionnels du secteur des céréales dans l’Union européenne.
La situation du marché des céréales en Europe est « contrastée », a déclaré la représentante de la Commission européenne devant les eurodéputés. La production céréalière de l’UE devrait, cette année, être supérieure de 7,3% à celle de l’an dernier.
Concernant les importations, celles de céréales – notamment en provenance d’Ukraine – ont diminué depuis l’expiration de l’accès sans droits de douane ni quotas et des mesures commerciales autonomes accordées à l’Ukraine. Comme rappelé par la Commission, ces mesures ont pris fin en juin. Les importations sont donc revenues à leurs niveaux historiques.
La situation économique des producteurs de céréales reste difficile, selon la Commission. D’abord parce que les prix des céréales sont relativement bas (offre mondiale abondante, demande internationale limitée). À cela s’ajoutent des coûts de production encore élevés, en particulier pour les engrais. Par rapport à 2024, les prix des engrais azotés sont désormais 15% plus élevés, ceux des phosphates 16% et ceux de la potasse 3%.
Ensuite, les agriculteurs de l’UE sont de plus en plus touchés par des événements climatiques défavorables. Et si le soutien au moyen de la réserve agricole reste une option, « sans une stratégie claire de gestion des risques au niveau des États membres, il ne s’agit que d’une solution temporaire. La réserve agricole est limitée, et les événements météorologiques extrêmes ne sont pas les seuls défis susceptibles de perturber les marchés agricoles », a expliqué la Commission.
Elle a insisté également sur le manque d’organisation des producteurs de céréales : « Ils ne créent pas suffisamment d’organisations de producteurs ».
Enfin, d’après des indications préliminaires, certains agriculteurs augmentent actuellement leur part de terres en jachère, la culture devenant moins attractive. « Si ces tendances se poursuivent, cela pourrait compromettre la position de l’UE en tant que grand exportateur mondial de blé et d’orge et accroître encore la dépendance à l'égard des importations de maïs », a averti la Commission.
Stefan Köhler (PPE, allemand) s’est montré déçu par l’absence de mesures annoncées par la Commission pour aider les céréaliers de l’UE. Selon Gilles Pennelle (PfE, français), les importations massives de céréales en provenance d’Ukraine ont déséquilibré le marché. Il a préconisé un moratoire sur l’accord commercial avec l’Ukraine (ainsi que le rejet de l’accord UE-Mercosur), une hausse des seuils d’intervention et des investissements dans les capacités de stockage.
Maria Walsh (PPE, irlandaise) a rappelé les inquiétudes dans son pays au sujet de l'entrée en vigueur, début 2026, du 'Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières' (Carbon Border Adjustment Mechanism, ou CBAM). Ce nouvel instrument européen vise à lutter contre les fuites de carbone. Mme Walsh a évoqué les effets potentiels de ce dispositif sur les prix (attendus en hausse) des engrais. Les engrais importés (notamment azotés), souvent produits dans des pays où l’énergie est moins chère et les normes sur les émissions de CO2 plus faibles, comporteront un coût carbone supplémentaire. Cela renchérit mécaniquement le prix d’importation. (Lionel Changeur)