Tout en saluant toute initiative capable de mener à la paix, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont rappelé, jeudi 20 novembre, que l’Ukraine et l’Europe devaient participer aux négociations pour une paix juste et durable entre l’Ukraine et la Russie, après l’annonce d’un plan en 28 points discutés entre Américains et Russes.
Jeudi dans la journée, l'Ukraine a annoncé avoir reçu « un projet de plan » et être prête à travailler « de manière constructive » avec les États-Unis. Ce plan porterait notamment sur la réduction de l'armée ukrainienne et l'abandon de territoires.
« Notre position n’a pas changé. Pour qu'un plan de paix fonctionne, il doit être soutenu par l'Ukraine et par l'Europe », a souligné la Haute Représentante de l'UE, Kaja Kallas, à l'issue du Conseil, ajoutant que la pression devait s'exercer sur l'agresseur et non sur la victime, et que récompenser l'agression ne ferait que l'encourager.
« L'UE a un plan en deux points très clair : premièrement, affaiblir la Russie ; deuxièmement, soutenir l'Ukraine », a ajouté Mme Kallas. Si, selon elle, les sanctions européennes « frappent durement » la Russie, la ministre suédoise a annoncé que depuis février 2022, les pays européens et l'Europe avaient soutenu l'Ukraine à hauteur de 187 milliards d'euros et qu'au cours de la même période, ils ont importé pour 311 milliards d'euros de la Russie. « Cela signifie que nous nous retrouvons sur un résultat négatif. Donnez un soutien à l'Ukraine de 124 milliards d'euros », a-t-elle expliqué, qualifiant la situation de « honteuse ».
Participation aux discussions. De nombreux ministres ont rappelé que la sécurité de l’Europe dépendait de celle de l’Ukraine et que les Européens, plus grand soutien de l’Ukraine, devaient avoir voix au chapitre.
L'Espagnol José Manuel Albares a dit ne pas pouvoir « imaginer une seconde que l’Union européenne ne soit pas impliquée dans les discussions futures sur un sujet touchant directement à la sécurité de l’Europe ». Son homologue italien, Antonio Tajani, a rappelé que « le problème ne (pouvait) être résolu sans la levée des sanctions. Et pour lever les sanctions, l'Union (devra) également donner son accord ».
Pour la ministre autrichienne, Beate Meinl-Reisinger, « il est absolument nécessaire d'intensifier le dialogue entre l'Europe et les États-Unis afin de parvenir à une vision commune sur la manière de faire progresser les efforts de paix ».
Plusieurs ministres ont estimé que l’Ukraine devait garder une armée forte. « Même après la conclusion d'un accord de cessez-le-feu, l'Ukraine devra maintenir une défense robuste afin de dissuader la Russie de toute nouvelle attaque », a expliqué la ministre suédoise, Maria Malmer Stenergard.
« J'espère que ce n'est pas la victime qui se verra imposer des restrictions sur sa capacité à se défendre, mais bien l'agresseur, dont le potentiel agressif devrait être limité », a ajouté le Polonais Radosław Sikorski. Pour le Français Jean-Noël Barrot, « la paix ne peut pas être la capitulation ».
M. Albares a également rappelé qu'il fallait que « toute proposition de paix respecte l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine ». (Camille-Cerise Gessant)