Des experts ont discuté du rôle de la fiscalité pour lutter contre les inégalités, à l’occasion de la publication du rapport de l’ONG Oxfam sur la taxation des grandes fortunes, mardi 14 octobre.
Le rapport a révélé que plus de 80% des recettes fiscales totales des pays de l'UE sont principalement payées par les citoyens européens ordinaires, contre 9% par les entreprises et seulement 0,4% par les impôts sur la fortune. La fortune combinée des milliardaires de l'UE a augmenté de plus de 400 milliards d'euros au premier semestre 2025, soit l'équivalent de plus de deux milliards d'euros par jour. En 2025, l'UE compte près de 500 milliardaires, soit 39 de plus qu'en 2024.
Benjamin Angel, directeur de la fiscalité directe, de la coordination fiscale, des analyses économiques et de l'évaluation à la DG TAXUD de la Commission européenne, a fait valoir le fait que l’inégalité n’est pas seulement résolue par la taxation progressive. En effet, les inégalités se mesurent grâce à l’indice de Gini, zéro représentant l’égalité parfaite et cent l’inégalité parfaite. Si l’UE se situe dans l’ensemble à 29, le pays le moins bien classé est l'Espagne, avec un coefficient de 72, et le meilleur est la Slovaquie, avec 21. Pourtant, c’est bien le premier qui a mis en place un système progressif.
« Il est donc important de prêter attention à la progressivité du système fiscal, mais cela ne doit pas détourner l'attention de la question clé, à savoir ce que font les États membres avec les ressources qu'ils collectent », a-t-il souligné. « On peut collecter des ressources de manière progressive et les dépenser de manière très régressive ».
Une des pistes qu’il a évoquées pour réduire les inégalités est de mieux connaître les bénéficiaires effectifs, en particulier dans l'immobilier. « C'est important, car ceux qui dissimulent leur fortune le font différemment par rapport au passé », a-t-il indiqué. Il a ajouté que des discussions sur ce sujet sont en cours à l'OCDE.
De son côté, Sarah Kuypers, chercheuse et professeur invitée à l'université d'Anvers, a évoqué la progressivité dans la taxation de l’héritage et la taxation des plus-values.
Lire le rapport (en anglais) : https://aeur.eu/f/iza (Anne Damiani)