Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a annoncé, mercredi 15 octobre, le renforcement de la défense aérienne des Alliés, notamment son flanc est.
« L'OTAN mettra en œuvre plusieurs mesures anti-drones supplémentaires qui renforceront, élargiront et accéléreront notre capacité à contrer les drones », a annoncé le secrétaire général à l’issue d’une réunion des ministres de la Défense, quelques semaines après plusieurs incursions de drones dans l’espace aérien de l’OTAN.
M. Rutte a expliqué que les Alliés s'étaient inspirés du soutien apporté par neuf Alliés et l'Ukraine à la capacité du Danemark à contrer les menaces potentielles, en début de mois, en marge de réunions internationales à Copenhague, « pour répondre aux menaces hybrides, notamment celles provenant des drones ». « Nous continuons à développer nos mécanismes permettant aux Alliés de partager leurs capacités et leur expertise en cas de besoin », a-t-il ajouté. Cela passera notamment par la création d’un mécanisme de coordination, selon une source de l'OTAN.
Le secrétaire général a expliqué que, dans le cadre de l'opération 'Sentinelle orientale' ('Eastern Sentry'), lancée en septembre à la suite de l’incursion de 19 drones sur le territoire polonais, les Alliés testaient des systèmes intégrés qui les aideront à « détecter, suivre et neutraliser les menaces aériennes ».
« Grâce à des cycles rigoureux et itératifs de tests, d'essais et d'exercices, nous mettrons en œuvre de nouvelles technologies et capacités. Nous utiliserons nos mécanismes d'acquisition pour aider nos alliés à développer et à acquérir rapidement des capacités rentables. Nous continuerons de collaborer étroitement avec l'UE », a expliqué M. Rutte, alors que l’UE développe, de son côté, un 'mur de drones' avec l’objectif de le rendre opérationnel d’ici 2027. M. Rutte a insisté sur la bonne coopération entre les deux organisations. Les Alliés vont également travailler avec l’Ukraine pour apprendre de son expérience.
Selon un responsable de l’Alliance, les mesures du secrétaire général se concentreront sur les drones de classe 1, c’est-à-dire pesant moins de 150 kg, alors que les drones de classe supérieure resteront couverts par les moyens de défense aérienne traditionnels. La Russie serait capable de produire de 50 000 à 60 000 drones Shahed par an.
D'autres actions seront prises, telles que l’exploitation du modèle de la task force X pour la Baltic force pour 'Sentinelle orientale', le lancement, par DIANA, d'un concours dont l'objectif est d'accélérer l’innovation de l’OTAN, d'un concours pour accélérer la prochaine génération de technologies de lutte contre les drones ou encore la création d'un forum des industries civiles et militaires anti-drones.
Le travail de lutte contre les drones passe notamment par le Commandement allié 'Transformation' et son 'Initiative de lutte anti-drones multicouches' (LCI-X), qui a pour objectif d’analyser le marché pour trouver les meilleures technologies abordables - utiliser des missiles pour abattre les drones n'est pas viable financièrement à long terme -, de les tester pour avoir des résultats opérationnels, de les recommander aux pays et de répéter l’opération, car « l'adaptation ne s'arrête jamais », selon une source.
Selon un responsable, l’initiative porte sur trois composantes : la détection (radars, systèmes électro-optiques, capteurs), la neutralisation - du brouillage électronique (bien que les Russes mettent peu de temps à trouver des parades aux nouveaux systèmes) aux drones intercepteurs - et l’intégration du commandement et du contrôle dans les réseaux de l'OTAN.
Un premier test sur des solutions pour contrer les drones se tiendra la semaine prochaine, notamment en Estonie, et un prochain pourrait avoir lieu d'ici la fin de l'année.
L’OTAN souhaite aussi aider les alliés à acquérir rapidement des capacités de lutte anti-drones pertinentes par l'intermédiaire de ses deux agences, NSPA et NCIA, et les soutenir dans le développement et le déploiement de leurs capacités, « en s’appuyant, par exemple, sur les projets en cours, tels que celui portant sur la défense aérienne terrestre modulaire, les capteurs passifs ou la lutte contre les menaces à basse altitude ».
Le ministre estonien Hanno Pevkur a rappelé que l’expérience ukrainienne montrait que 20 à 25% des drones ne pouvaient pas être détectés et interceptés et a appelé l’industrie de la défense à travailler sur le sujet.
Uniformiser les règles d'intervention. Lors de leur arrivée à l'OTAN, plusieurs ministres avaient également mis en avant les difficultés réglementaires pour pouvoir intervenir en cas d’incursion. Soulignant que le commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) avait identifié les problèmes liés aux différentes réglementations, le ministre néerlandais, Ruben Brekelmans, a estimé qu’il était important de travailler sur le sujet pour rendre les règles plus uniformes.
Le ministre finlandais, Antti Häkkänen, a reconnu que, bien que son pays ait « une bonne préparation dans l’espace aérien, opérait en toute circonstance et utilisait la force », il faudrait travailler à ce sujet au sein de l’OTAN.
Son homologue suédois, Pål Jonson, a expliqué que les pilotes avaient le pouvoir de décider d'engager des cibles de manière indépendante. « Si quelqu'un viole notre espace aérien, nous nous défendrons », a-t-il souligné.
Le ministre roumain, Liviu-Ionuț Moșteanu, a également expliqué que son pays avait mis à jour sa législation concernant la défense aérienne afin de lui permettre d’abattre toute chose entrant dans son espace aérien.
À Berlin, le ministre de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, a également annoncé qu'« abattre les drones sera désormais réglementé et possible pour la police fédérale ». (Camille-Cerise Gessant)