Le Parlement européen, par le biais de sa sous-commission 'Droits de l’Homme', s’est penché pour la première fois, mercredi 25 juin, sur le phénomène de la répression transnationale des défenseurs des droits humains, qui concerne aussi des défenseurs établis dans les pays de l’UE et sujets à des campagnes d’intimidation, de harcèlement, notamment numériques, voire de kidnappings ou d’assassinats de la part des pays tiers.
La sous-commission a en effet débattu du rapport d’initiative de Chloé Ridel (S&D, française), qui dénonce un phénomène « qui s’accroît » et s’illustre à la fois par des attaques et menaces physiques ou administratives.
Alors que l’UE dispose déjà d’un programme pour aider à protéger les défenseurs des droits de l’Homme dans le monde, elle n’en a pas pour l’UE. Il y a pourtant un « devoir de protéger ces personnes qui vivent sur notre sol ».
Dans son rapport, la Française propose ainsi plusieurs pistes d’action, premièrement une définition commune des défenseurs des droits humains alors qu’aucune définition n’existe à l’international ou dans l’UE.
Cette définition « large » se réfère ainsi « aux attaques et aux menaces de la part d’États qui cherchent à défendre et à promouvoir leurs intérêts en intervenant au-delà de leurs frontières nationales pour contraindre, contrôler ou réduire au silence les dissidents, les opposants politiques, les journalistes, les militants, les défenseurs des droits de l’homme et les membres de la diaspora au moyen d’un large éventail de méthodes ».
L’élue propose aussi d’introduire ce thème dans tous les dialogues sur les droits humains avec les pays tiers, mais aussi dans les discussions sur l’asile ou les visas. Pour la récolte de données clefs sur ce phénomène dans l’UE, elle propose aussi un mécanisme centralisé pour l’UE au niveau d’Europol. Cette agence devrait aussi avoir la capacité d'examiner des notices rouges d'Interpol ou des demandes d'extradition émises contre certains défenseurs pour des raisons politiques.
La députée souhaite aussi augmenter le budget et le mandat du programme ‘Protectdefenders.eu’ pour intégrer les attaques signalées contre des défenseurs présents dans l’UE.
Selon l'ONG Freedom House, qui a compilé la plus grande base de données disponible sur le sujet en 2024, plus de 20% des gouvernements mondiaux se livraient à la répression transnationale depuis 2014 et 1 034 incidents physiques directs se sont produits dans 100 pays cibles.
« Il s’agit là d’un modèle d’'autoritarisme mondial'. Il est intéressant de noter que dix régimes sont à l’origine de près de 80% des abus, à savoir la Chine, la Turquie, le Tadjikistan, la Russie, l’Égypte, le Cambodge, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, l’Iran et la Biélorussie », observe le rapport.
Lors d'un échange de vues, le PPE a salué un bon rapport, mais a souhaité que l'Amérique latine, notamment les pratiques de Cuba en Espagne, soit également mise en lumière. Renew Europe propose aussi l'octroi de visas humanitaires pour des défenseurs des droits humains menacés dans le monde.
Lien vers le projet de rapport d'initiative : https://aeur.eu/f/hk5 (Solenn Paulic)