Les Alliés se sont officiellement engagés, mercredi 25 juin, lors de leur sommet à La Haye, à dépenser 5% de leur PIB en dépense de défense d’ici 2035, avec une clause de révision en 2029 « à la lumière de l’évolution du contexte stratégique et du réexamen des objectifs capacitaires ».
Un objectif qui, selon le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, n’aurait jamais été obtenu sans la pression du Président américain, Donald Trump.
« Les Alliés vont, pour 2035, porter à 5% la part du PIB consacrée chaque année au financement des besoins ayant trait à la défense proprement dite et aux dépenses liées à la défense et à la sécurité au sens large », ont annoncé les dirigeants dans la déclaration adoptée à l’occasion du sommet.
Cet engagement comporte deux volets. Le premier est la défense pure : les Alliés s'engagent, pour 2035, à porter à au moins 3,5% la part du PIB consacrée chaque année au financement des besoins ayant trait à la défense proprement dite, « c’est-à-dire aux dépenses couvertes par la définition des dépenses de défense agréée à l’OTAN – et à la réalisation des objectifs capacitaires OTAN ». Chaque année, les Alliés présenteront un plan national dans lequel ils fixeront une trajectoire réaliste qui leur permettra d’atteindre progressivement ce pourcentage.
Les 1,5% restants portent sur les investissements réalisés par les Alliés dans le but notamment de « protéger leurs infrastructures critiques, de défendre leurs réseaux, d’assurer la préparation du secteur civil et la résilience, de libérer le potentiel d’innovation et de renforcer leur base industrielle de défense ».
Les aides concourant directement à la défense de l’Ukraine et au développement de son industrie de défense entreront dans le calcul des dépenses de défense des Alliés, précise aussi la déclaration (voir autre nouvelle).
Pas de clause dérogatoire aux engagements et menace américaine de représailles. Alors que l’Espagne avait annoncé avoir obtenu la possibilité d’atteindre ses objectifs capacitaires en dépensant moins que 5% du PIB national annuellement, plusieurs dirigeants ont rappelé qu’il n’y avait pas de clause dérogatoire ('opt out').
« Il n’y a pas d''opt out', aucun traitement particulier n'est accordé aux États membres. Chacun peut interpréter le texte comme le fait l'Espagne », a expliqué le Premier ministre belge, Bart De Wever. Son homologue néerlandais, Dick Schoof, a rappelé que l'objectif de 3,5% du PIB de dépenses militaires 'pures' ne venait pas de nulle part, mais d’études de l’OTAN, précisant que les études néerlandaises arrivaient au même résultat. « Ils ont probablement raison. Ce serait formidable de pouvoir le faire pour 2,1%, comme l'a dit Sánchez. S'il y parvient, c'est un génie. Et être génial, c'est formidable », a ironisé M. De Wever. Si son ministre des Affaires étrangères belge, Maxime Prévot, avait estimé en début de semaine que l’objectif de 3,5% serait difficile à atteindre, le Premier ministre belge a estimé que l’objectif à 10 ans était « réaliste », mais que cela « ne sera pas facile ».
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a persisté dans sa voie, assurant que son pays respecterait son objectif capacitaire en dépensant 2,1% de son PIB en défense (au lieu des 3,5%). « Le débat ne porte pas sur le montant des dépenses. Il porte sur les capacités nécessaires pour faire face à la menace. C'est du pur bon sens. », a-t-il expliqué.
Cette explication n'a pas convaincu Donald Trump. « Je trouve que ce que fait l'Espagne est terrible. C'est le seul pays qui ne veut pas payer la totalité. (...) L'économie va très bien et elle pourrait être complètement détruite si quelque chose de grave se produisait », a déclaré ce denier. Et de menacer : « On va se rattraper. On va négocier un accord commercial avec l'Espagne. On va leur faire payer le double ! »
Atteindre l'objectif de dépenses de 5% du PIB demandera des efforts importants à certains Alliés. En début d’année, sept ou huit d’entre eux n’atteignaient pas encore les 2% décidés en 2014, selon Mark Rutte. Tous ces pays devraient les atteindre d’ici la fin 2025. Seuls trois Alliés dépensent actuellement au moins 3,5% de leur PIB en défense 'pure' ('core defence') : la Lituanie, la Lettonie et la Pologne. Les États-Unis sont à 3,22%.
Certains dirigeants – des pays qui ont déjà atteint l’objectif ou en sont proches – ont cependant estimé trop lointain l’objectif fixé à dix ans. Le président polonais, Andrzej Duda, souhaitait 2030. Et, selon le Président lituanien, Gitanas Nausėda, son pays n’a même pas besoin de cette période de transition.
Répartition du fardeau. Avec ces nouvelles dépenses, « les Alliés européens et le Canada assumeront une plus grande part du travail, en égalisant leurs dépenses et en assumant une plus grande responsabilité pour notre sécurité commune », a ainsi promis Mark Rutte. « Il faut s'assurer de partager davantage la charge financière, mais aussi sur les tâches militaires », a ajouté Dick Schoof. Le président finlandais, Alex Stubb, est allé plus loin, expliquant que ce sommet était « la naissance d’une nouvelle OTAN, plus équilibrée (entre Européens et Américains), et avec plus de responsabilités européennes ».
« C'est une grande victoire pour tous. Nous serons à égalité très prochainement, et c'est normal. (…) En assumant davantage de responsabilités en matière de sécurité, l'Europe contribuera à prévenir de futures catastrophes comme la terrible situation entre la Russie et l'Ukraine », s’est félicité Donald Trump.
La Russie « menace » à long terme sur la sécurité. Le Premier ministre néerlandais a rappelé que, derrière la hausse des dépenses de défense et le développement des capacités militaires, il y avait « ce qui se passe en Europe avec l’agression russe en Ukraine ». « Je pense que la Russie est épuisée après plus de trois ans d'agression de l’Ukraine. Je ne m'attends pas à une attaque immédiate, mais le risque est réel à l'avenir, il faut donc se préparer », a prévenu Andrzej Duda.
La déclaration lie la hausse des dépenses de défense à la fois « à la menace que la Russie fait peser pour le long terme sur la sécurité euro-atlantique », mais aussi « à la menace persistante que constitue le terrorisme ». Devant les médias, Mark Rutte a ajouté les cyberattaques, les actes de sabotage ou encore la concurrence stratégique.
Bien qu'il a adhéré à la déclaration, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a estimé que la Russie ne représentait pas une menace.
Réengagement envers l’article 5. Si jeudi, avant d’arriver à l’OTAN, le président américain avait évoqué « de nombreuses définitions de l'article 5 », la déclaration adoptée réitère l’engagement « indéfectible » des Alliés en faveur de la « défense collective, consacrée par l’article 5 du traité de Washington, qui dispose qu’une attaque contre l’un des Alliés est considérée comme une attaque dirigée contre tous ».
Pour Gitanas Nausėda, si les Alliés n’ont pas la même définition de l’article 5, il convient d’en débattre pour arriver à une définition commune. « Il est crucial que l’article 5 ne soit pas sujet à interprétation », a prévenu Bart De Wever.
L’article 5 n’a été activé qu’une seule fois, pour aider les États-Unis, après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 sur les tours jumelles à Manhattan.
Développer l’industrie de la défense. Enfin, les dirigeants ont insisté sur l’importance de développer l’industrie de la défense transatlantique.
La déclaration souligne l’engagement commun des Alliés à développer rapidement la coopération entre les industries de défense « de part et d’autre de l’Atlantique » et à mettre les technologies émergentes et l’esprit d’innovation au service de leur sécurité collective. « Nous nous attacherons à éliminer les obstacles qui freinent les échanges commerciaux entre Alliés dans le secteur de la défense, et nous nous appuierons sur nos partenariats pour promouvoir la coopération entre industries de défense », promettent les dirigeants.
Mark Rutte a précisé que les Alliés tireront parti des partenariats avec l’Union européenne, avec l’Ukraine et dans la région indo-pacifique, « pour favoriser la coopération industrielle en matière de défense ».
« Nous ne pouvons pas nous permettre de dépendre d'adversaires étrangers pour les minéraux critiques », a ajouté Donald Trump.
Si le président français, Emmanuel Macron, a estimé que cela permettrait de développer la base industrielle européenne, M. Trump a expliqué qu’il était essentiel que l’argent supplémentaire investi le soit dans « du matériel militaire très sérieux » et non dans la bureaucratie. Et d'espérer que « ce matériel sera fabriqué en Amérique, car nous avons le meilleur matériel au monde ! »
Quoi qu’il en soit, la hausse des dépenses d’investissement nécessitera une coopération commerciale, selon M. Macron. « On ne peut pas se dire qu’on va dépenser plus et, au sein de l’OTAN, se faire la guerre commerciale. C’est une aberration », a-t-il considéré.
Le sommet annuel de l'Alliance se tiendra l’an prochain en Turquie, avant l’Albanie.
Voir la déclaration : https://aeur.eu/f/hkg (Camille-Cerise Gessant)