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Bulletin Quotidien Europe N° 13666
ACTION EXTÉRIEURE / Mercosur

De profondes divisions subsistent au Parlement européen sur l'accord commercial UE/Mercosur

La commission du commerce international (INTA) au Parlement européen s'est à nouveau montrée très divisée, à l'occasion d'une audition sur le thème de l'accord de commerce UE/Mercosur, mardi 24 juin. L'ambiance était même crispée alors que les deux camps en faveur et contre l'accord présentaient des contre-arguments chargés d'émotion. 

Du côté des secteurs économiques, les représentants de l'industrie automobile et de la production de vin étaient présents, mais plusieurs élus ont regretté que les agriculteurs ne soient pas en mesure de faire entendre leur voix lors de l'audition.

Importations agricoles. Plusieurs députés ont en effet rappelé leur inquiétude concernant l'impact des importations agricoles venant du Mercosur, qui ne respecteraient pas les standards européens et qui contribueraient à la déforestation en Amérique du Sud. Les filières européennes de la volaille, du bœuf, du sucre, du maïs ou encore du bioéthanol ont été mentionnées comme des secteurs qui vont particulièrement en pâtir.

« Croyez-vous que cela vaille la peine de sacrifier tout cela au nom d'une hausse potentielle du PIB de 0,1% ? », a interrogé le député européen et agriculteur Benoît Cassart (Renew Europe, belge). 

Plusieurs membres polonais l'ont soutenu. L'un d'entre eux, Bogdan Zdrojewski (PPE), a assuré que son pays avait bien l'intention de s'opposer à l'accord. La veille, plusieurs ministres de l'Agriculture de pays de l'UE avaient affiché leur opposition à l'accord (EUROPE 13665/13).

Pour l'Irlandais Barry Cowen (Renew Europe), il ne s'agit pas uniquement d'impact économique, mais surtout de méthodes de production trop différentes : « Je ne pense pas que les engagements dans l'accord suffisent ».

Face à ces arguments, le président de la commission INTA, Bernd Lange (S&D, allemand), a pointé du doigt un double standard chez les agriculteurs européens : « L'année dernière, les agriculteurs européens ont importé pour 3 millions de tonnes de soja à bas coût du Brésil, sans se poser des questions sur la situation là-bas ».

Le secrétaire général du 'Comité européen des entreprises vins' (CEEV), Ignacio Sánchez Recarte, quant à lui, a fait valoir l'importance du respect des indications géographiques inclu dans l'accord, qu'il faut sécuriser en Amérique du Sud.

Enfin, d'après l'ambassadeur brésilien auprès de l'UE, Pedro Miguel Da Costa e Silva, les arguments contre l'accord sont basés sur une série de fausses informations. « Nous sommes en conformité avec les règles et normes européennes », a-t-il assuré. Et d'énoncer quelques exemples de productions agricoles au Mercosur qu'il estime plus vertueuses encore qu'en Europe. 

Pragmatisme économique VS. droits humains. Plusieurs intervenants, dont les représentants de l'industrie automobile et des producteurs de vin, ainsi que la doyenne de la Paris School of International affairs à l'Institut d'études politiques et ancienne ministre espagnole, Arrancha González, ont défendu les bénéfices économiques attendus de l'accord.

La directrice générale de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), Sigrid de Vries, a décrit le potentiel de l'accord pour son secteur d'activité. L'accord « éliminerait des tarifs allant actuellement jusqu'à 35%. Nous nous attendons à ce que nos exportations soient triplées d'ici 2040 ».

Mais, dans l'autre camp, plusieurs élus et représentants de la société civile ont fustigé l'impact des échanges accrus entre les deux blocs sur l'environnement et les droits humains. La représentante de l'ONG Greenpeace, Lis Cunha, a parlé de question de vie ou de mort pour les peuples indigènes menacés par l'expansion des terres agricoles. La Belge Saskia Bricmont (Verts/ALE) a rappelé que la semaine dernière, au Parlement européen, elle a reçu une délégation de cette population qui appelait, elle aussi, à rejeter l'accord.

À l'opposé, son collègue Francisco Assis (S&D, portugais) a considéré que les peuples autochtones soutiennent l'accord. « J'en ai rencontré beaucoup, et ils pensent que l'Accord les protège », a-t-il déclaré.

Calendrier. Le directeur général adjoint à la direction générale du Commerce international à la Commission européenne, Leopoldo Rubinacci, a confirmé que les propositions de signature et de conclusion de l'accord seraient adoptées par la Commission euroéenne avant la fin du mois de juin.

Quelques députés ont regretté le manque d'informations jusqu'ici sur le calendrier, mais aussi et surtout sur la forme que prendrait l'accord. M. Rubinacci n'a pas répondu sur ce deuxième point. Mais, comme nous l'avons déjà rapporté, la Commission envisage de séparer la partie commerciale du traité, afin de contourner la ratification par tous les parlements nationaux. (Léa Marchal)

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