Le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a appelé l’industrie de la défense transatlantique, mardi 24 juin, à tenir ses promesses (to deliver), rappelant qu’il n’y avait « pas de défense sans une industrie de la défense forte ».
« Nous devons dépenser davantage pour éviter la guerre. Nous devons gagner cette nouvelle guerre de production », a souligné M. Rutte lors d’un forum sur l’industrie, rappelant que la Russie, dont l’économie est 25 fois plus petite que celle de l'OTAN, était capable de surpasser les Alliés en termes de production et d’armement.
M. Rutte a aussi plaidé pour une collaboration transatlantique, estimant qu’il n'y avait « pas de sécurité européenne sans un lien transatlantique fort ». Tout en saluant le plan de l’UE ‘Readiness 2030’, le secrétaire général a appelé à faire tomber les barrières et à encourager une véritable coopération transatlantique en matière de défense alors que le programme SAFE limite la participation des pays tiers. « Seules l'Europe et l'Amérique du Nord, ensemble, peuvent relever le défi. Et cela inclut la collaboration avec l'Ukraine, une puissance industrielle et d'innovation », a-t-il ajouté. Et d’insister : « Nous devons faire plus, mieux, ensemble, et maintenant ».
Selon le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le potentiel de production de son pays - près de 1 000 types de produits, de l'artillerie et des véhicules armés traditionnels aux drones avancés - est de 35 milliards de dollars, mais il manque 40% de financement.
Une coopération qui ne doit pas seulement dépasser les frontières, mais aussi les corps de métiers, selon le ministre néerlandais de la Défense, Ruben Brekelmans, qui a mis en avant la nécessité de nouveaux types de partenariats entre le gouvernement et l'industrie, « pas le jeu classique du 'vendeur et de l'acheteur', mais de nouveaux partenariats fondés sur la confiance, la transparence, une vision à long terme et un objectif commun ». Se disant confronté au dilemme entre la nécessité d’une coopération internationale et la pression pour que son industrie nationale bénéficie de l'augmentation des budgets de la Défense, le ministre a souhaité une transparence sur le sujet et que des solutions soient trouvées avec des « modes de coopération intelligents, bénéfiques pour tous ».
De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé que l’UE pouvait contribuer aux objectifs de l’OTAN. « Tandis que l'OTAN fixe les normes et les capacités à atteindre par les Alliés, notre Union peut faciliter les rapprochements nécessaires entre les différentes industries, entre le secteur civil et l'industrie de la défense, ainsi qu'entre les pays membres et non membres de l'OTAN », a-t-elle expliqué.
Pour leur part, les fédérations d'entreprises des pays membres de l'OTAN ont présenté à M. Rutte leur engagement commun en faveur du renforcement des capacités et de la production industrielles de défense de l'Alliance, se disant prêtes à « contribuer à la sécurité de l'Alliance en ce moment crucial ». Leur « déclaration d’ambitions » vient en soutien à l’'Engagement de l'OTAN pour l'expansion des capacités industrielles', annoncé lors du Sommet de Washington, et entend soutenir la mise en œuvre des objectifs de cet 'Engagement', notamment dans la recherche et l’innovation collaboratives, la normalisation et l’interopérabilité, la résilience de la chaîne d’approvisionnement, les partenariats public-privé et l’accès aux capitaux, le partage des risques ou encore le soutien au développement de la main-d’œuvre.
Voir la déclaration : https://aeur.eu/f/hjh
Renforcement de projets multinationaux. Lors du Forum, plusieurs Alliés ont renforcé leur coopération dans des projets multinationaux.
La Belgique, le Canada, le Danemark, l'Allemagne, la Grèce, l'Italie, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, la Suède, la Turquie et le Royaume-Uni se sont engagés à acquérir, stocker, transporter et gérer conjointement des stocks de matières premières essentielles à la défense, notamment par le recyclage des produits existants. Selon un communiqué de l'OTAN, ce projet « facilitera l'accès à un approvisionnement suffisant » en ces matières premières, telles que le lithium, le titane et les terres rares.
L'Estonie, la Finlande, l'Italie, la Lettonie, les Pays-Bas et la Suède ont annoncé leur soutien à l'intégration accrue des nouvelles technologies dans les opérations militaires, avec la création des premiers polygones d'innovation de l'OTAN, qui « permettront aux Alliés et à l'OTAN de tester, d'affiner et de valider de nouveaux produits technologiques dans des environnements opérationnels réalistes ».
Le Danemark et la Suède, quant à eux, ont adhéré au programme de flotte multinationale d'avions ravitailleurs multirôle. De son côté, l'Agence de l'OTAN de soutien et d'acquisition (NSPA) a signé un contrat avec Airbus Defence and Space pour l'acquisition de deux avions ravitailleurs multirôles A330 supplémentaires, portant ainsi la flotte actuelle à douze appareils. (Camille-Cerise Gessant)