Au vu des difficultés rencontrées dernièrement par le secteur automobile (EUROPE 13534/3), le groupe du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen a adopté un plan pour sauver l'industrie automobile européenne, mercredi 11 décembre, lors de sa réunion. L’Allemand Jens Gieseke, membre de la commission des transports et du tourisme (TRAN) du PE, a présenté cette initiative en conférence de presse.
Pour garantir la compétitivité de cette industrie, le PPE demande entre autres une révision de l'interdiction des moteurs à combustion interne, adoptée en mars 2023 (EUROPE 13151/5, 13455/28), une approche technologiquement neutre pour encourager l'innovation et une expansion plus rapide de l'infrastructure des véhicules électriques.
« Nous avons toujours été le parti qui soutenait l'industrie et qui essayait de ne pas se contenter d'être ambitieux sur les objectifs climatiques, mais d'avoir une approche réaliste pour que l'industrie puisse avoir des opportunités dans le cadre de la transition vers le ‘Pacte Vert’ », a soutenu M. Gieseke. « Dans le document, vous verrez un engagement clair pour les objectifs climatiques jusqu'en 2050, mais, bien sûr, il y a des défis pour lesquels la politique doit trouver une réponse », a-t-il souligné.
Le PPE appelle aussi à supprimer les amendes prévues à partir de 2025 par le règlement sur la réduction des émissions de CO2 des voitures et camionnettes neuves, adopté en 2019 (EUROPE 12236/23). Si les constructeurs européens ne respectent pas ces règles et n'atteignent pas les objectifs climatiques, ces amendes pouvant aller jusqu'à 15 milliards d'euros pourraient être infligées à l'ensemble des constructeurs automobiles, d'après le PPE. « Nous voulons au moins que la Commission européenne présente une proposition visant à apporter de la flexibilité, à allonger la période de calcul, à ne pas se concentrer uniquement sur les voitures immatriculées, mais peut-être aussi sur les voitures produites », a défendu M. Gieseke.
Le PPE propose également des mesures pour stimuler les ventes de véhicules électriques, des régimes de soutien innovant, des réductions de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ou des contrats de leasing subventionnés par les États membres.
Le président du PPE, l’Allemand Manfred Weber, estime que ce plan est même « la meilleure réponse que nous puissions donner au populisme ».
Désaccord avec l'industrie. Du côté de l’industrie, ces solutions ne sont pas toutes appropriées. « Remettre en cause l'objectif de réduction des émissions de CO2 n'est pas la solution (...), nous devons plutôt aider l'industrie avec des mesures de soutien de la demande telles que des taxes et des incitations financières », a estimé Vanessa Butani, responsable du développement durable au niveau mondial chez Volvo, lors d’un webinaire organisé plus tôt dans la journée.
Aaron Fishbone, directeur politique de l’entreprise d'infrastructure GreenWay, et Marie Hammer, directrice des affaires industrielles au sein du fabricant de composants Danfoss, ont tous deux plaidé en faveur de la clarté juridique. « La recharge des véhicules électriques est un élément clé de la transition globale vers l'électrification. Elle crée beaucoup de valeur et d'emplois, mais nous avons besoin de clarté et de certitude », a précisé M. Fishbone.
Même discours du côté des représentants allemands et français du commerce et des services de l’automobile, ZDK et Mobilians : « Nous ne voulons surtout pas esquiver ou retarder ce cap de la décarbonation, ces échéances présentent l'intérêt de tracter l'innovation, de tracter le marché ». Ils demandent à la Commission de faire des études d'impact.
Lire le plan du PPE (en anglais) : https://aeur.eu/f/erg (Anne Damiani, avec Mathieu Bion)