Plus de 1 000 jours après l'agression militaire russe de l'Ukraine, il ne peut y avoir de retour aux affaires courantes : « Une solution commune européenne » est nécessaire pour permettre aux États membres d'accroître leurs dépenses militaires et de fournir un soutien régulier à l'armée ukrainienne, a indiqué le ministre polonais des Finances, Andrzej Domański, mercredi 11 décembre à Bruxelles, en présentant les priorités économiques et financières de la Présidence polonaise du Conseil de l'Union européenne, qui débutera le 1er janvier 2025 (EUROPE 13542/22).
Se posant en tant qu'« intermédiaire honnête et actif », M. Domański n'a pas souhaité privilégier une formule de financement parmi celles en cours de réflexion, comme un emprunt commun géré par la Commission européenne ou la création d'un instrument financier 'SPV' spécifique qui serait géré de façon intergouvernementale entre les pays souhaitant aller de l'avant. Il a juste noté qu'un instrument intergouvernemental permettrait de créer un effet de levier supérieur.
Mais les États membres ne peuvent pas se contenter de dépenser plus pour la défense au niveau national, a insisté le ministre polonais, mentionnant l'importance d'une standardisation du matériel.
Il a néanmoins fait valoir que la Pologne allait consacrer 4,4% de son PIB à ce secteur en 2024 et 4,7% en 2025, notamment pour financer la construction d'une usine de munitions. Et il a évoqué des discussions en cours avec la Commission européenne pour identifier précisément quelles dépenses militaires peuvent être considérées comme un 'facteur pertinent' lors de l'examen d'un déficit public excessif, la Pologne faisant l'objet d'une procédure d'infraction.
Concernant le calendrier, M. Domański a estimé que la première étape serait la présentation du 'Livre blanc' sur la défense par la Commission européenne (EUROPE 13539/21). Des discussions auront lieu lors de la réunion informelle des ministres des Finances, au printemps, à Varsovie.
En revanche, le ministre polonais ne s'attend pas à des discussions sur la possibilité de confisquer les avoirs russes gelés dans l'UE.
Compétitivité. Après la mise en place du nouveau mandat législatif au niveau de l'UE et avec l'arrivée prochaine de la deuxième administration Trump, M. Domański a préconisé une accélération des travaux.
D'après lui, les entrepreneurs qu'il rencontre lui demandent surtout un allègement de la charge administrative. À Bruxelles, « on m'a dit que le mot est 'simplification', pas 'déréglementation'! », a-t-il plaisanté.
L'action de la Présidence polonaise consistera à analyser l'opportunité de reconsidérer des initiatives législatives déjà sur la table, comme le paquet 'investissements financiers de détail', voire de stopper d'autres textes en préparation. « Je voudrais que l'on discute pour voir si, trop souvent, nous prétendons vouloir protéger les clients alors qu'en fait, nous rendons plus difficile leur démarche d'investir leur épargne là où ils le souhaitent », a-t-il ajouté.
M. Domański a aussi évoqué l'union des marchés des capitaux, louant les propositions du rapport 'Noyer' (EUROPE 13399/26). « Pour sûr, nous n'allons pas créer une bourse européenne, car les États membres ne le souhaitent pas », a-t-il indiqué. Mais, selon lui, des avancées modestes sont possibles dans les domaines de « la titrisation » et des opérations post-marché.
À noter également que le Conseil 'Écofin' évoquera en janvier la question des prix élevés de l'énergie, l'une des raisons pour lesquelles les entreprises européennes délocalisent.
Enfin, a conclu M. Domański, l'adhésion de la Pologne à la zone euro est exclue à ce stade, car les Polonais ne la souhaitent pas. (Mathieu Bion)