Alors que la Commission européenne indique que les négociations avec le Mercosur, ces cinq dernières années, n'ont pas porté sur les quotas d’importation agricoles négociés en 2019, des ajustements ont toutefois été faits pour les exportations de viande porcine et de biodiesel du Paraguay « en raison de son statut de pays en développement sans littoral », a expliqué la l'institution.
Le Paraguay a ainsi obtenu une augmentation des quotas de viande porcine exportée sans tarifs de 1 500 tonnes et de 50 000 tonnes pour ce qui concerne le biodiesel.
La Commission européenne fait valoir que, de manière générale, tous les quotas négociés sont « méticuleusement calibrés » afin de ne pas perturber le marché agricole européen, insiste-t-elle.
Bœuf. Le secteur de la viande bovine est parmi les plus inquiets des potentiels effets de l’accord UE/Mercosur. Celui-ci prévoit un tarif préférentiel de 7,5% sur la viande bovine du Mercosur jusqu’à un volume de 99 000 tonnes par an. Au-delà, le bœuf du Mercosur sera exporté vers l’UE aux tarifs traditionnels.
Pour la Commission européenne, ce quota est plus que raisonnable, car les importations de bœuf en provenance du Mercosur s'élevaient à 196 000 tonnes en 2023.
Il n’empêche qu'après l'entrée en vigueur de l’accord, 99 000 tonnes de bœuf entreront à tarif réduit, et donc à prix réduit, font valoir les producteurs européens.
L’eurodéputé et éleveur bovin Benoit Cassart (Renew Europe, belge) estime qu'il faut ajouter à cela le fait que les quotas pour le bœuf, mais aussi la volaille, concernent aussi des pièces nobles, sur lesquelles les agriculteurs européens font leur marge de profit. Les prix de ces pièces du Mercosur défient la concurrence européenne et le feront davantage encore avec le tarif de 7,5%, d'après le député, « mettant ainsi en danger notre autonomie stratégique en matière de production de protéines ».
Aspects phytosanitaires. Quant aux craintes de voir du bœuf élevé aux hormones inonder les marchés européens, elles n'ont pas lieu d'être, d’après la Commission. Si elle admet que le Brésil, en particulier, continue d’utiliser les hormones dans ses élevages bovins, elle explique qu’il y aura des fermes dédiées à l’exportation vers l’UE, lesquelles ne pourront pas utiliser d’hormones, et qu’un système de traçabilité est prévu.
À ces arguments, les détracteurs de l'accord opposent un récent rapport de l'Office alimentaire et vétérinaire (OAV) qui met en doute la traçabilité et les contrôles - au Brésil - des hormones interdites en Europe (EUROPE 13520/14).
Volaille. Les agriculteurs européens craignent également les importations de poulet venant du Mercosur. Après une période d'application progressive de cinq ans, les importations de volaille depuis le Mercosur seront sans tarifs jusqu'à 180 000 tonnes. En 2022, les importations de poulet en provenance du Mercosur s'élèvaient à environ 240 000 tonnes.
La Commission estime que le volume de 180 000 tonnes correspond à l'augmentation de la consommation de poulet attendue en Europe dans les prochaines années.
Pour rassurer davantage encore les producteurs européens, la Commission insiste sur la présence d'une clause de sauvegarde, qui concerne aussi les produits sous contingents tarifaires, et qui est activable si les augmentations d'importations depuis le Mercosur causent ou menacent de causer un préjudice grave aux secteurs pertinents dans l'UE.
Réactions. Très attendue, l'Italie a réitéré son message sur l'accord, par la voix du ministre de l'Agriculture, lundi 9 décembre (EUROPE 13541/2) : pour l'Italie, l’approbation de l’accord est subordonnée notamment à des compensations pour le secteur agricole européen, a-t-il indiqué.
Le ministre polonais des Finances, Andrzej Domański, s'est montré plus catégorique, mercredi 11 décembre : « La Pologne ne peut pas accepter l'accord avec le Mercosur en l'état. Cet accord irait au détriment des agriculteurs européens, en particulier des agriculteurs polonais ».
Au Parlement européen, on attend encore des précisions à propos du fonds de compensation. Le fait que les quotas de produits agricoles venant du Mercosur n'aient pas été abaissés pose problème à beaucoup de députés.
Malgré les avancées sur le plan environnemental, selon Benoit Cassart, il n'est toujours pas question, pour lui, d'approuver l'accord. (Léa Marchal avec Mathieu Bion)