À la demande de sept États membres (EUROPE 13533/20), les ministres européens de l’Industrie ont discuté des moyens de venir en aide au secteur automobile, jeudi 28 novembre, lors du Conseil ‘Compétitivité’. Beaucoup se sont accordés sur ce point et ont demandé à la Commission européenne d’intervenir.
Lors du débat public, les ministres de sept pays - l'Italie, l'Autriche, la Bulgarie, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie - ont défendu leur proposition commune sur une ‘Politique de l’automobile renouvelée’, dans laquelle ils réclament un plan d’investissements pour le secteur, l’adoption du principe de neutralité technologique, l’avancée de l’analyse des normes de CO2 pour les véhicules légers et le report des amendes.
Le Tchèque Lukáš Vlček a jugé ces mesures nécessaires « afin de mieux refléter les conditions actuelles du marché et de donner au secteur automobile le temps nécessaire pour s'adapter sans mettre en péril sa position au niveau mondial ».
Son homologue italien, Adolfo Urso, a évoqué le soutien des États-Unis à leurs entreprises, le protectionnisme et la concurrence déloyale d’autres continents. Il a même parlé de « guerre commerciale ». « Nous devons nous décider tout de suite pour éviter d’accumuler du retard, nous devons faire preuve de réalisme », a-t-il alerté. Selon lui, les entreprises européennes attendent de la part des décideurs politiques une action, car leur survie est en jeu. « Nous devons également considérer qu'en bout de course, c’est l’autonomie stratégique qui nous attend, parce que si nous passons d’une indépendance vis-à-vis de la Russie à une dépendance vis-à-vis d’autres puissances, eh bien, finalement, on n’aura rien obtenu », a-t-il ajouté.
Les ministres et représentants chypriote, estonien, grec, letton, croate et belge ont ouvertement soutenu la proposition. Jurģis Miezainis, Secrétaire parlementaire de Lettonie, a exprimé son inquiétude vis-à-vis des fermetures d'usines, de l’impact social de cette situation et de la perte de la base technologique. « Il est nécessaire de maintenir l'innovation ici », a-t-il estimé.
D’autres membres ont également soutenu la proposition, mais ont insisté sur l'importance de maintenir les objectifs climatiques. Le Maltais Silvio Schembri a affirmé son soutien à la neutralité technologique « par principe », mais en mettant clairement l'accent sur la réduction des émissions de CO2. L'Allemand Bernhard Kluttig s’est réjoui de la proposition de 'dialogue stratégique' sur l'avenir de l'industrie automobile européenne, annoncée la veille par la Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, devant le Parlement européen (EUROPE 13533/1).
D’autres ministres ont plutôt insisté sur le besoin de stimuler la demande. Matevž Frangež, le Secrétaire d'État de Slovénie, a dit partager ces préoccupations, mais a rétorqué « qu’on ne peut pas avancer si l'on revient en arrière ». « Nous restons fidèles à l'objectif climatique fixé, nous appelons à soutenir l'industrie pour qu'elle s'adapte, il ne s'agit pas de nier nos ambitions climatiques », a-t-il détaillé. Marc Ferracci, le ministre délégué français, a proposé d'imposer l'obligation du verdissement des flottes professionnelles.
Enfin, d’autres pays - l’Espagne, l’Irlande, le Danemark et la Suède - ont estimé que les constructeurs automobiles ont eu assez de temps pour s’adapter ou qu’il fallait maintenir un cadre politique stable. (Anne Damiani)