Les ministres de l’Industrie de l’Union européenne se sont retrouvés à Bruxelles, jeudi 28 novembre, pour débattre, une fois de plus, de la compétitivité. Ils ont mis l’accent sur la suppression des barrières dans le Marché intérieur et sur la réduction de la bureaucratie.
De longues négociations sur le texte de conclusions relatif à l'avenir de la compétitivité européenne n'auront pas suffi pour trouver un consensus entre les Vingt-sept. La Présidence hongroise du Conseil de l'UE a donc proposé d'entériner le texte de conclusions en son nom propre avec le soutien de 25 États membres.
En cause, la mention de « technologies propres » (‘clean tech’) dans le texte, qui devraient être soutenues par l'UE, cette mention posant problème à l'Allemagne ainsi qu'à l'Autriche. « L'argent européen ne devrait pas financer des technologies qui ne sont pas soutenues par tous les États membres. Nous ne pouvons donc pas apporter notre soutien au texte tel qu'il est présenté », a affirmé le secrétaire d’État allemand à l'Économie, Bernhard Kluttig.
« Je trouve que c'est toujours la même histoire », a regretté le ministre hongrois pour le Développement économique, Márton Nagy, en référence au débat sur le nucléaire.
Il en va de même pour les financements pour la politique industrielle, selon lui. « Le problème sera toujours: 'Où trouver l'argent? Quelle source d'argent avons-nous pour financer la compétitivité?' », a-t-il indiqué. La référence aux financements, et en particulier au cadre financier pluriannuel (CFP), a, en effet, fait l’objet de discussions ces derniers jours entre les Vingt-sept. Plusieurs délégations ont voulu s’assurer que le texte des conclusions ne les engageait pas pour les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel. Un compromis a été trouvé sur ce point pour clarifier que ce texte était « sans préjudice des négociations sur le CFP pour l'après-2027 ».
Charge réglementaire. Le sujet de la réduction de la bureaucratie, en revanche, a largement rassemblé les ministres. Il s’agit d’une priorité absolue pour attirer davantage d’investissements en Europe et éviter les délocalisations, selon eux.
« Nous avons besoin non seulement d’une réglementation plus ciblée, mieux faite, mais nous devons aussi nous rappeler que nous ne devrions pas tout réglementer, mais seulement le plus important », a indiqué le secrétaire d’État slovène à l’Économie, Matevž Frangež.
Les États membres sont particulièrement curieux de voir la future initiative omnibus de la Commission sur la simplification réglementaire et d’entendre comment celle-ci va réduire les obligations de ‘reporting’.
« Cela concerne aussi, par exemple, la directive sur le devoir de vigilance des entreprises (CSDDD). Là aussi, il s'agit de voir comment nous pouvons faire pour réduire la bureaucratie, ou bien comment nous pouvons éventuellement repousser la mise en œuvre du texte », a suggéré le ministre autrichien du Travail et de l’Économie, Martin Kocher.
Marché intérieur. Les États membres ont aussi largement convergé sur l’appel à renforcer le Marché intérieur. Cela signifie supprimer les barrières existantes, en particulier pour le secteur des services.
« Nous devrions imposer un calendrier pour réduire la bureaucratie. Les investissements partent en dehors de l'Europe. Il est grand temps d'avoir des résultats sur la 'Déclaration de Budapest'. Nous pouvons réduire la charge tout en faisant avancer la transition », a insisté le ministre danois de l'Industrie, Morten Bødskov.
Batteries. La réunion ministérielle a été l’occasion pour les Vingt-sept d’aborder le cas de la production des batteries en Europe alors que le géant Northvolt est menacé de mettre la clé sous la porte (EUROPE 13531/27).
« Nous nous inquiétons du fait que les usines de production de batteries sont construites très lentement », a déclaré Bernhard Kluttig lors des débats.
La vice-première ministre suédoise, Ebba Busch, a estimé que le sujet était directement lié à celui de la charge réglementaire trop lourde pour les entreprises, et qu'en plus de la concurrence féroce et déloyale de la part des concurrents chinois et américains, les entreprises européennes font face à des difficultés pour opérer sur le marché intérieur.
Le cas de Northvolt n’est toutefois pas désespéré, selon la ministre. « Si l’UE peut envoyer un signal fort, aujourd’hui, qu’il y a un avenir solide pour le secteur de la batterie, cela augmentera les possibilités pour Northvolt de trouver des capitaux », a-t-elle assuré.
Interrogé par Agence Europe sur les manières pour l’UE de soutenir les projets de fabrication de batteries, Bernhard Kluttig a insisté, lui aussi, sur la création d’un environnement favorable pour les projets industriels : « Nous serions très heureux que la Commission continue à soutenir les projets de batteries en général, qu’elle crée un environnement où ces projets peuvent se développer et grandir ».
Voir le projet de conclusions provisoire dans l'attente de la publication du texte définitif : https://aeur.eu/f/ehk (Léa Marchal)