La commissaire européenne à l’Égalité, Helena Dalli, a présenté aux eurodéputés réunis en séance plénière à Strasbourg, mercredi 27 novembre, un état des lieux des droits des personnes LGBTQI dans l’Union européenne. Si des avancées ont été réalisées, des reculs préoccupants sont observés dans plusieurs États membres, renforçant l’urgence d’une action concertée.
Mme Dalli a rappelé que la Commission avait placé l’égalité au centre de son agenda il y a cinq ans, notamment avec l’adoption de la première stratégie européenne en faveur des droits des personnes LGBTQI (EUROPE 13160/19).
Elle a expliqué que cette stratégie visait à permettre à chacun de vivre, de s’épanouir et de mener sa vie sans discrimination liée à son orientation sexuelle, son identité de genre ou ses caractéristiques sexuelles.
Toutefois, la commissaire a noté une hausse préoccupante des discours et crimes de haine envers les personnes LGBTQI. En effet, selon un rapport publié en mai dernier par l’Agence des droits fondamentaux de l’UE (https://aeur.eu/f/eiu ), plus de 55% des personnes interrogées rapportent avoir été victimes de harcèlement haineux, un chiffre en augmentation de 18% depuis 2019.
Mme Dalli a rappelé que la Commission avait proposé en 2021 d’inclure les discours et crimes de haine dans la liste des crimes européens, une initiative toujours bloquée faute d’unanimité entre les États membres.
Plusieurs eurodéputés ont dénoncé les restrictions imposées dans certains États membres.
Ana Catarina Mendes (S&D, portugaise) a condamné les violations systématiques des droits LGBTQI en Hongrie et en Bulgarie, qualifiant ces atteintes d’inadmissibles au XXIe siècle. En Hongrie, une loi de 2021 interdit la « promotion » des contenus LGBTQI auprès des mineurs, tandis qu’en Bulgarie, une loi adoptée en août dernier prohibe la « propagande » LGBTQI dans les écoles (EUROPE 13467/10).
Mme Mendes a également exhorté le Conseil à débloquer la directive antidiscrimination de 2008 (EUROPE 13436/24), encore en attente d’adoption.
De son côté, Abir Al-Sahlani (Renew Europe, suédoise) a fustigé les lois hongroises ciblant les personnes LGBTQI, qu’elle a qualifiées de mesures discriminatoires cachées sous le prétexte de protéger les enfants.
À l’extrême droite, certains eurodéputés ont défendu une position conservatrice. András László (PfE, hongrois) a affirmé que les questions de politique familiale relevaient des compétences nationales, rejetant toute ingérence de l’UE. Paolo Inselvini (CRE, italien) a critiqué « l’idéologie de genre » et plaidé pour une interdiction universelle de la gestation pour autrui.
De l'autre côté du spectre politique, des élus ont appelé à renforcer les droits pour contrer ces positions. Kim van Sparrentak (Verts/ALE, néerlandaise) a plaidé pour garantir à chaque enfant un environnement où il peut s’épanouir pleinement, quelle que soit son identité.
Estrella Galán (La Gauche, espagnole) a dénoncé les « forces réactionnaires en Europe » qui, selon elle, cherchent à instaurer des « zones libres de personnes LGBTQI ».
Elle a appelé à conditionner les financements européens au respect des droits fondamentaux et a plaidé pour une Europe « libre de haine et d’homophobie ».
Face à ces divisions, Helena Dalli a réaffirmé l’engagement de la Commission à défendre l’égalité et les droits fondamentaux. Elle a indiqué, en outre, avoir demandé des précisions au ministre bulgare sur la récente loi anti-LGBTQI. (Nithya Paquiry)