La Conférence de Bonn, regroupant 198 États parties à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), se concluait, jeudi 13 mai, sans résultats majeurs pour faire avancer la question du financement climatique lors de la COP29 de Bakou, en novembre prochain.
À l’heure d’écrire ces lignes, la séance de clôture n’avait pas encore commencé, accusant plusieurs heures de retard, mais laissant espérer quelques avancées positives sur un certain nombre de points techniques (EUROPE 13430/4).
Toutefois, le défi est encore de taille, puisque, comme l’ont répété négociateurs et observateurs, c’est toute l’architecture financière mondiale qui doit être transformée pour répondre aux objectifs climatiques et investir dans la transition vers des technologies propres.
Soutien aux pays en développement
Les discussions à Bonn se sont concentrées en grande partie sur un « nouvel objectif collectif quantifié » (NCQG), qui devra être approuvé à Bakou s’agissant du montant que les pays développés doivent mobiliser chaque année, à partir de 2025, en faveur des pays en développement.
Toutefois, les désaccords sont encore nombreux pour tenter de relever le plafond de 100 milliards de dollars annuels qui avait été fixé lors de la COP15 en 2009 et qui demandait une réévaluation, selon l’Accord de Paris.
Les parties devront encore définir, à Bakou, le groupe de pays contributeurs et celui de pays récepteurs des fonds.
Certains pays développés souhaitent que le groupe de contributeurs soit étendu à certains pays classés en tant que 'régions en développement' par les Nations Unies, comme la Chine ou les pays pétroliers.
Plusieurs délégations, dont les États-Unis, estiment par ailleurs que les fonds ne devraient être déboursés qu’aux pays les plus vulnérables au changement climatique et aux économies les moins avancées.
« En tant que société du Sud, nous percevons cela comme un moyen de diviser les pauvres - les pauvres contre les pauvres - et nous pensons que tous les pays en développement doivent être les bénéficiaires du financement climatique dans le cadre de ce nouvel objectif », a déclaré Avantika Goswami, responsable du programme sur le changement climatique du Centre pour la Science et l'Environnement en Inde, lors d’une conférence de presse.
De plus, les pays en développement ont poussé, tout au long de la Conférence, qui a débuté le 3 juin, pour que cet objectif prenne majoritairement la forme de subventions publiques.
Selon un membre de la délégation de l’Union européenne, il reste également à définir sous quels principes de base cet objectif de financement est fixé : « Il y a différentes problématiques, comme ne pas accroître la dette des pays en développement, faciliter l’accès à ces ressources, réformer les banques multilatérales de développement ou faire en sorte qu’on prenne en compte la biodiversité et le changement climatique ».
Bilan mondial
Les discussions se sont également concentrées sur les résultats atteints lors de la COP28, à Dubaï, en décembre dernier (EUROPE 13313/16), tels que le 'Bilan mondial' de l’Accord de Paris, qui doit passer d’une phase de décision à une phase d’action sur le plan climatique.
Cette action demande notamment que les parties à l’Accord de Paris intègrent les recommandations du Bilan mondial dans leurs 'Contributions déterminées au niveau national' (NDC), attendues pour le début de l’année prochaine.
Les parties doivent également soumettre leur premier rapport de transparence biennal (‘Biennal Transparency Report’ ou ‘BTR’) d’ici la fin de l’année (EUROPE 13428/13) ainsi qu’un plan national d’adaptation (PNA) (EUROPE 13422/1).
Sortie des énergies fossiles
Certains ont regretté que les discussions n’aient pas porté davantage sur ce Bilan mondial, en particulier le paragraphe 28, qui reconnaît la nécessité d’une sortie progressive des énergies fossiles dans les systèmes énergétiques.
« Il semblerait que nous ayons de l’amnésie collective. Nous avons oublié que nous avions conclu cet accord. C’est devenu un sujet tabou dans ces couloirs », a déploré Alden Meyer, senior associate pour le centre de réflexion sur le changement climatique E3G, lors d’une conférence de presse.
Les pays en développement souhaitent également que le fonds ‘pertes et dommages’ (EUROPE 13310/15) fasse partie intégrante du financement pour le climat, ce qui signifie que les pays développés ont la responsabilité de soutenir les nations gravement touchées par les conséquences climatiques par le biais de ce fonds.
À la COP28, l’UE s’était engagée à débourser plus de la moitié des 800 milliards de dollars de financement initial du fonds.
« C’est super que nous ayons eu un engagement de 800 milliards de dollars au premier jour de la COP (...), mais nous dépensons toujours 3,5 milliards de dollars chaque jour pour financer la production et la consommation d’énergie fossile », a mis en avant Alden Meyer.
Les discussions à Bonn ont effectivement évoqué, dans une moindre mesure, les engagements de réduction des subventions aux combustibles fossiles, qui pourraient être pris en compte dans l'objectif de financement pour le climat, mais les pays producteurs de pétrole et de gaz s’y opposent. (Pauline Denys)