Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a prévenu, jeudi 13 juin, qu'il ne fallait plus avoir des retards dans les livraisons d'équipements militaires à l'Ukraine, comme ce fut le cas en début d'année avec le retard dans l'adoption de l'aide américaine, mais aussi dans la concrétisation des promesses européennes, rappelant les conséquences que cela avait sur le terrain.
« Les retards dans notre soutien ont eu de graves conséquences et nous ne devons pas permettre que cela se reproduise. La bonne nouvelle est que les Alliés intensifient leurs efforts », a-t-il souligné à l'issue d'une réunion du groupe de contact sur la défense de l'Ukraine et d'un Conseil OTAN-Ukraine en présence des ministres de la Défense des Alliés et ukrainien.
Selon M. Stoltenberg, les retards et lacunes dans les livraisons ont fait la différence sur le champ de bataille et sont « une des raisons pour lesquelles les Russes sont désormais capables de pousser et d’occuper davantage de terres en Ukraine ».
Le secrétaire d’État à la Défense américain, Lloyd Austin, a estimé qu'il y avait « un ralentissement de l'avancée des Russes et une stabilisation de cette partie du front. (…) Il y a quelques semaines, on s'inquiétait de voir une percée significative de la part des Russes. Je ne pense pas que nous verrons cela à l'avenir ». Une source de l’OTAN a cependant prédit que l’été ne serait pas « simple » pour l’Ukraine. Si Kiev continue de recevoir du matériel militaire, cette source s’attend à des tentatives de poussées de la part de la Russie, notamment lors du sommet de l’OTAN.
Cette source a confirmé que les attaques aériennes russes s'étaient intensifiées, notamment sur des infrastructures et des industries de la défense ukrainiennes. Ainsi, le secrétaire général a souligné qu'il était « urgent de fournir davantage d’assistance en matière de sécurité à l’Ukraine ». Si aucune nouvelle annonce n’a été rendue publique à l’issue des réunions, il a rappelé que l’Allemagne avait récemment annoncé l’envoi d’un Patriot supplémentaire et l’Italie d’un système SAMP/T, et il a expliqué s'attendre à de nouvelles annonces prochainement.
M. Stoltenberg s’est aussi réjoui que les Alliés aient réduit ou assoupli leurs restrictions sur l’utilisation d’armes contre des cibles militaires en Russie. « Si les forces russes, l’artillerie et les batteries de missiles étaient en sécurité dès qu’elles se trouvent du côté russe de la frontière, il deviendrait extrêmement difficile pour les Ukrainiens de se défendre », a-t-il expliqué.
Selon une source de l’Alliance, les frappes ukrainiennes sur des raffineries russes ont un impact sur l’économie russe et l’approvisionnement en carburant. Pour preuve, la Russie a interdit l’exportation d’essence et a augmenté les importations. De plus, les sanctions internationales à l'encontre de la Russie réduisent ses capacités à réparer les infrastructures endommagées.
Alors que ces frappes auraient donc eu une certaine efficacité, les Alliés ne préconiseraient pourtant pas le recours à des frappes en profondeur en Russie.
Vision à long terme
Au-delà d'un soutien immédiat, l'Ukraine a besoin d’un « soutien prévisible à long terme », a estimé M. Stoltenberg, espérant que les Alliés se mettront d'accord, ce vendredi, sur le plan d'assistance en matière de sécurité et de formation de l'OTAN pour l'Ukraine. « Plus de 99% de l’ensemble du soutien militaire à l’Ukraine est fourni par les Alliés de l’OTAN. Il est donc logique que l’OTAN joue un rôle plus important dans ces efforts. Cela renforcera notre soutien, assurera la prévisibilité pour Kiev et répondra aux besoins immédiats et à long terme », a plaidé le secrétaire général.
L’objectif est de combiner le plan avec un engagement financier à long terme des Alliés « avec une base de 40 milliards (d’euros) par an », sur lequel le secrétaire général espère un accord lors du sommet de Washington. « Il s’agit d’argent frais versé chaque année à l’Ukraine, car elle en a besoin pour être sûre de disposer des ressources nécessaires pour repousser l’agression russe », a expliqué M. Stoltenberg, qui a plaidé pour une répartition en fonction des PIB des Alliés afin d'avoir un partage du fardeau équitable.
Coopération continue entre l’UE et l’OTAN
Par ailleurs, le même jour, le Conseil de l'UE a publié le 9e rapport de progrès sur la mise en œuvre des 74 propositions communes UE/OTAN, qui souligne les « progrès tangibles » réalisés entre juin 2023 et mai 2024, notamment dans la lutte contre les menaces hybrides, la coopération opérationnelle, la cybersécurité et défense, les capacités de défense, les industries de défense et de la recherche, les exercices, le renforcement des capacités de défense et de sécurité, et enfin, le dialogue politique.
Voir le rapport : https://aeur.eu/f/cnb (Camille-Cerise Gessant)