La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a défendu devant les membres de la commission des Libertés civiles du Parlement européen, mardi 23 janvier, l’action de la Commission aux côtés de la Tunisie dans la mise en œuvre du protocole d’accord signé entre le président, Kaïs Saïed, et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, à l’été 2023 (EUROPE 13224/3).
Alors que ce protocole d’accord, critiqué par les ONG dénonçant la coopération avec le président tunisien, mais aussi par les États membres, car acté sans leur consultation préalable, recouvre 5 chapitres, notamment sur l’aide macroéconomique ou la coopération dans le domaine de l’énergie. Les députés LIBE se sont penchés sur le volet migration et les 105 millions d’euros destinés à prévenir les départs de migrants depuis la Tunisie vers l’UE.
Malgré des polémiques au départ, cet accord fonctionne, a assuré la commissaire, citant des départs en baisse « de 80 à 90% » à la fin de l’année 2023 par rapport à l’année précédente.
Des traversées qui sont moins nombreuses grâce à l’action des « garde-côtes » tunisiens et pas seulement à cause de conditions météorologiques généralement moins bonnes en fin d’année, la commissaire s’appuyant notamment sur des données de septembre.
Accusée par l’élue néerlandaise des Verts/ALE Tineke Strik de financer des violations des droits des migrants et des refoulements dans le désert, la commissaire a balayé cela. « C’est complètement faux », lui a-t-elle répondu, assurant que la Commission européenne appliquait la tolérance zéro en ce qui concerne l’utilisation de fonds européens pouvant être détournés pour violer les droits fondamentaux.
Par ailleurs, l’argent va à des organisations comme l’Organisation internationale pour les migrations ou le UNHCR, qui ont décidé de renforcer leur présence et leurs activités dans le pays. La commissaire a toutefois reconnu que la situation reste difficile à Sfax du fait des violences, de l’absence de logements pour les migrants, mais le nombre de réfugiés pris en charge par le UNHCR a aussi augmenté, a-t-elle fait valoir, refusant de laisser dire que l’UE finance « la déportation et la maltraitance des migrants ».
La commissaire a aussi évoqué de nouveaux programmes de retours volontaires de migrants depuis la Tunisie alors que le nombre de départs depuis ce pays, qui était jusqu’ici un pays d’origine et non de transit pour les migrants, avait augmenté en 2023 de plus de 200% et même 400% par rapport à 2022 et 2021.
La Tunisie n’est « pas équipée » pour gérer ces situations et « on est là pour l’aider », avait aussi d’emblée expliqué la commissaire, indiquant par ailleurs aux eurodéputés qu'un dispositif similaire avec l'Égypte était sur le point d'aboutir.
De son côté, le président de la sous-commission des Droits de l’homme du PE, Udo Bullmann (S&D, allemand), a estimé, lors d'un évènement séparé, que l’accord était « une tentative erronée de collaboration avec les pays voisins ».
Selon lui, l’accord aurait pu se faire d’une manière, sur des bases et avec des éléments constitutifs différents. « Je ne suis pas convaincu que le texte que Mme von der Leyen a mis sur la table était le seul possible ». (Solenn Paulic avec Camille-Cerise Gessant)