Le ministre de la Défense ukrainien, Dmytro Kuleba, a appelé ses homologues, lundi 24 avril, à accélérer la livraison de matériels militaires à son pays alors que les Vingt-sept ne sont pas encore tombés d’accord sur les détails juridiques pour l’achat conjoint de munitions (EUROPE 13167/11).
Sur Twitter, tout en remerciant les pays de l’aide déjà reçue, M. Kuleba les a « exhortés à adopter les nouvelles décisions nécessaires dès que possible ». « Il n'y a pas de raccourci vers la paix à moins que l'armée russe ne soit vaincue. Le temps viendra des gants diplomatiques blancs. Mais nous devons d'abord fournir suffisamment d'obus pour les mains fatiguées et huileuses de nos artilleurs », a-t-il expliqué après être intervenu par visioconférence au Conseil 'Affaires étrangères'. Selon une source diplomatique, le ministre a mis en avant la livraison d’équipement de toute nature, notamment en termes de défense aérienne et d’artillerie.
À l’issue du Conseil, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a promis qu’il discuterait avec les ministres de la Défense des États membres pour leur demander d’accélérer les livraisons, tout en ajoutant que les États membres comprenaient bien l’urgence de la situation.
M. Borrell a rappelé que depuis le début de l’invasion, le soutien militaire des États membres s’élevait à 13,1 milliards d’euros.
Selon lui, des munitions et plus de 1 000 missiles ont déjà été envoyés dans le cadre du déstockage de missiles et munitions des États membres pouvant bénéficier d’un remboursement de la 'Facilité européenne pour la paix' (track 1). « Nous devons avancer plus vite », a-t-il estimé, ajoutant que les chiffres n’étaient pas au niveau qu’il aimerait.
Au total, les États membres ont déjà fait des demandes de remboursement de 600 millions d’euros pour ces missiles et munitions.
Concernant l’achat conjoint de munitions (track 2), le Haut Représentant a reconnu qu’il y avait « encore des désaccords » entre États membres, mais s’est dit « sûr » qu’un accord serait obtenu dans les « prochains jours ». Les ambassadeurs des États membres doivent se réunir dans la semaine pour tenter d’avancer sur le dossier.
Ne pas renvoyer dos à dos Russie et Ukraine
M. Borrell a aussi dénoncé les appels à des négociations de paix de la part de la Chine ou encore du Brésil, estimant que, pour que ces appels soient crédibles, il fallait se rendre à Kiev pour voir la situation sur place. Il s’est aussi demandé où étaient ces appels à la paix quand la Russie massait ses troupes à la frontière ukrainienne.
« Ce n’est pas que la Russie ne veut pas arrêter et l’Ukraine non plus. Non, ce n’est pas la façon de présenter les choses. La Russie ne veut pas arrêter l’invasion et l’Ukraine doit continuer à se défendre. C’est la bonne façon de présenter les choses », a-t-il expliqué.
Le Haut Représentant a rappelé qu’il y avait un agresseur et un agressé.
« On veut tous la paix, en premier lieu les Ukrainiens, mais elle doit être juste, et en attendant, nous allons continuer à soutenir la défense de l’Ukraine », a-t-il prévenu. Par ailleurs, il a expliqué que l'UE poursuivrait ses sanctions contre la Russie.
M. Borrell a également expliqué qu’il fallait davantage atteindre les États tiers, pour contrer la narrative de la Russie, mais aussi pour aller plus loin que les crises et présenter une approche structurelle, une stratégie à moyen terme pour se mettre en relation avec ces pays « de manière cohérente » avec les intérêts et valeurs de l’UE. « Il faut voir plus loin que les crises », a-t-il expliqué. (Camille-Cerise Gessant)