À l'heure où les combats font rage depuis 9 jours à Khartoum entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide, les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE se sont félicités, lundi 24 avril, des premières évacuations de citoyens européens, le week-end dernier, tout en réitérant l'appel de l'UE à un cessez-le-feu urgent pour prévenir une crise humanitaire d'ampleur et la déstabilisation de toute la région.
« La bonne nouvelle est que nous avons achevé l'évacuation de la délégation de l'UE, y compris notre ambassadeur, mais le n°2, chargé de la sécurité est resté », a annoncé le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l'issue de la réunion du Conseil 'Affaires étrangères'.
Il a salué « la mobilisation impressionnante » des États membres qui avaient des capacités pour mobiliser des avions militaires et la protection militaire requise : « 11 vols ont eu lieu hier et nous en attendons 20 de plus aujourd'hui. Plus de 1 200 citoyens de l'UE et certains d'autres pays auront été évacués à la fin de la journée », a déclaré M. Borrell.
400 ressortissants restent encore à évacuer, selon les informations consulaires, « mais il ne faut pas oublier les Soudanais qui meurent dans le pays, c'est pourquoi les combats doivent cesser » a-t-il ajouté (EUROPE 13166/22).
Selon lui, dans le contexte actuel, qui a vu le directeur d'ECHO (le service humanitaire de la Commission européenne) être « blessé par balles », il n'y avait « aucun sens à maintenir la délégation de l'UE au sein du conflit » : les diplomates n'avaient d'autre choix que de partir. « Nous reviendrons quand nous pourrons », a-t-il ajouté.
Interrogé sur l'absence de capacités de l'UE, il a estimé que la 'Boussole stratégique' devrait permettre, à l'avenir, une approche plus intégrée, « mais ce que les États membres ont fait, ensemble, avec leurs troupes et leurs avions militaires, grâce à notre centre de gestion de crise, est une grande réussite ».
Quant au cessez-le-feu, il a estimé que « personne ne peut l'imposer ». Mais « nous exerçons une pression maximum pour que les combats cessent ».
En marge de la session, la ministre belge, Hadja Lahbib, a parlé à la presse d'une situation humanitaire très grave, à Khartoum, « mais aussi au Darfour, une région où la population est en souffrance depuis plus de 20 ans, et dans toute la région ».
Huit Belges et leurs ayants droit, dont le directeur d’ECHO, qui était blessé, ont pu être évacués, a-t-elle indiqué. « Je remercie la France, Catherine Colonna, avec laquelle j’ai été en contact tout le week-end, pour la bonne collaboration », a-t-elle déclaré, remerciant aussi Djibouti, la Jordanie, l’Allemagne et les Pays-Bas ainsi que l'ambassade de la Belgique au Caire.
Une trentaine de Belges sont encore au Soudan, dont un grand nombre n’ont pas exprimé le désir de partir. « D’autres évacuations pourraient avoir lieu, mais ce n'est pas encore acquis. Tout dépend de la situation sécuritaire sur place », selon la ministre.
Le vice-premier ministre italien, Antonio Tajani, s'est réjoui que tous les Italiens (le personnel de l'ambassade) aient pu être évacués avec l'aide du ministère des Affaires étrangères et celui de la Défense, mais s'est alarmé d'une « situation très compliquée. » Et d'ajouter : « On a aidé aussi les citoyens de différents pays de l’Union et des Africains. Ils sont à Djibouti et aujourd’hui, les Italiens seront à Rome vers 19h-20 heures ». Il s'exprimait en amont de la session.
Il a dit avoir parlé avec les deux chefs militaires qui s'affrontent, le général Abdel Fattah al-Burha des forces soudanaises et le général Hemedti, qui dirige les Forces de soutien rapide. « J’ai poussé, dans les coups de fil que j’ai eus avec les deux, pour essayer de trouver un accord, de voir ce qu’on peut faire dans un pays qui est l’un des plus grands pays d’Afrique. Il faut calmer le jeu, mais ce n’est pas facile », a-t-il déclaré, évoquant « une situation très dangereuse ».
Satisfait que la plupart des citoyens finlandais aient pu être évacués dans la nuit de dimanche « avec l'aide de la France, l'Allemagne et la Suède », le ministre finlandais, Pekka Haavisto, en contact lui aussi « avec les différents acteurs soudanais », souhaite qu'on pense « aux citoyens soudanais à Khartoum, qui ont besoin d'aide en ce moment ». Selon lui, « l'UE pourrait faire plus et également coordonner [son] action avec les Nations Unies au plan humanitaire. Si nous partons, nous laissons de l'espace à Wagner et aux troupes de la Russie pour tirer profit de la situation. L'Europe doit renforcer son rôle au Soudan ».
Pour le ministre autrichien, Alexander Schallenberg, « c'est une catastrophe humanitaire. Le Soudan vit un tsunami de crises. Une guerre civile menace », mais, selon lui, face à la multiplicité des crises auxquelles elle est confrontée - dont « les putschs et contre-putschs militaires en Afrique de l'Ouest, et maintenant au Soudan, l'UE réagit, se montre plus forte, résiliente et unie qu'on ne le perçoit parfois de l'extérieur », a-t-il déclaré à la presse.
« Grâce à l’aide allemande, grâce à l’aide française, nous avons réussi à évacuer presque la moitié des ressortissants autrichiens (27 sur 50). C’est un travail international » qui se poursuit, a-t-il souligné.
Ceux qui sont encore sur place se dirigent vers Port-Soudan (principal port sur la Mer rouge), vers l'Égypte ou à l'est de Khartoum, où des avions peuvent encore atterrir. En contact dimanche avec son homologue d'Arabie Saoudite, il a évoqué, là aussi, d'« éventuelles possibilités de vols d'évacuation ».
Le Luxembourg n'a pas de ressortissant au Soudan, mais le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn, se sent « bien sûr solidaire de tous les pays européens » et des Soudanais. (Aminata Niang)