L’Union pour les libertés civiles d’Europe (Liberties) a publié, lundi 24 avril, son rapport annuel sur la liberté des médias dans l’UE. Si la Hongrie et la Pologne sont souvent mentionnées, l'organisation non gouvernementale déplore des progrès limités dans l’ensemble des 18 États membres observés.
Environnement plus hostile
Concernant le pluralisme médiatique, le rapport souligne que « le paysage médiatique de l'UE reste caractérisé par une forte concentration de la propriété ». En parallèle, les médias subissent des pressions politiques et/ou économiques liées à leur modèle d’affaires, mais également à une distribution inégale des aides d’État. Enfin, l’indépendance des organes de régulation varie d’un pays à l’autre.
Sur la sécurité des journalistes, Liberties dénonce une augmentation des agressions contre les journalistes, en particulier des femmes. Ces attaques ont lieu essentiellement en ligne ou lors de manifestations - y compris de la part des forces de l’ordre. En parallèle, les procédures bâillon (‘SLAPPs’) sont de plus en plus fréquentes, regrette le rapport.
Quant à la liberté d’expression, Liberties souligne le difficile équilibre entre protection de la sécurité nationale et lutte contre les contenus préjudiciables versus liberté des citoyens. De la même manière, la liberté d'information peut être limitée par une application déséquilibrée des lois sur la protection des données et la lenteur de traitement des demandes d’accès à l’information.
Tous concernés
Si des pays comme la Pologne et la Hongrie sont épinglés tout au long du rapport, Liberties insiste sur le fait qu’aucun pays observé n’est épargné. Par exemple, les médias publics hongrois et polonais sont sous le contrôle de l’État… mais leurs homologues suédois sont menacés de coupes budgétaires par leur gouvernement.
En guise de conclusion, Liberties formule une série de recommandations. Elle demande notamment à l’UE de soutenir un Acte pour la liberté des médias (EMFA) et une directive ‘anti-SLAPPs’ forts. Elle l’appelle également à sanctionner les violations à la liberté des médias, que ce soit par le biais du mécanisme de conditionnalité de l’État de droit ou des procédures d’infraction.
Le rapport : https://aeur.eu/f/6i7
L'opinion publique inquiète
« Les gens voudraient qu’on sanctionne les atteintes à l'indépendance des médias, mais nous ne pouvons pas imposer de sanction sans avoir une loi. C’est aussi l'objectif de l'EMFA », a rappelé Věra Jourová. La commissaire à la Transparence s’est exprimée le même jour, mais dans le cadre de la publication du « Media Freedom Poll » (« Sondage sur la liberté des médias »).
Publiée tous les ans par le Comité pour l’indépendance éditoriale, l’enquête se penche sur la perception du public de l’indépendance des médias en Pologne, Hongrie, Slovaquie et République tchèque (‘pays de Visegrad’). L’enquête révèle qu’une majorité des répondants s’inquiètent de la situation actuelle. Les plus inquiets seraient toutefois les personnes plus âgées et les électeurs des partis de l’opposition. Les soutiens du parti de Viktor Orbán (Fidesz) sont, par exemple, les seuls à exprimer plus de satisfaction que d'inquiétude quant au niveau de liberté des médias.
Le sondage : https://aeur.eu/f/6i6 (Hélène Seynaeve)