« La somme des crises » - sanitaire, sécuritaire et socioéconomique - auxquelles l'Union européenne est confrontée « impose une accélération dans le processus d'intégration » et, face à ceux qui, comme le président russe, Vladimir Poutine, remettent en cause l'« héritage » des Pères fondateurs de l'Europe, l'UE doit défendre ses valeurs fondamentales et l'ordre démocratique qui ont garanti la paix et la stabilité sur le continent européen depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a déclaré le Premier ministre italien, Mario Draghi, mardi 3 mai, dans un hémicycle du Parlement européen clairsemé.
Estimant que les résultats des travaux de la Conférence sur l'avenir de l'Europe requièrent une réponse ambitieuse, M. Draghi a assuré que son pays comptait « être en première ligne pour dessiner cette nouvelle Europe » dans laquelle les citoyens pourront se reconnaître. Si la réflexion sur l'avenir de l'UE conduit à une réforme institutionnelle, nous devons emprunter ce chemin « avec confiance », a-t-il indiqué, préconisant « un fédéralisme pragmatique ».
Rendant un hommage appuyé à l'action de feu David Sassoli à la tête du Parlement européen (EUROPE 12870/1), le président de Conseil italien a cité plusieurs domaines où des améliorations institutionnelles sont possibles : - en finir avec l'unanimité des États membres au Conseil de l'UE pour pouvoir décider plus rapidement sur des questions de politique étrangère ; - convoquer « une conférence » pour améliorer la mobilisation des ressources budgétaires destinées à la défense européenne.
L'ancien président de la BCE a aussi évoqué les innovations temporaires imaginées au niveau européen pour affronter la pandémie de Covid-19 et qui pourraient être adaptées et poursuivies pour répondre à l'impact économique dans l'UE de l'invasion russe. Ainsi, selon M. Draghi, l'instrument SURE d'aide aux régimes nationaux de chômage partiel pourrait servir à défendre le pouvoir d'achat des citoyens. À plus long terme, le Plan de relance européen Next Generation EU, le premier vrai « projet de reconstruction » de l'UE, constitue un mécanisme « vertueux », combinant aide financière et réformes structurelles, a-t-il estimé. Il a aussi fait valoir qu'aucun budget national ne pourra, à lui seul, faire face aux besoins d'investissement dans les transitions climatique et numérique ni dans le renforcement de l'autonomie stratégique.
Sur l'invasion russe de l'Ukraine, le chef du gouvernement italien a prôné une aide sans faille de l'UE au gouvernement et aux citoyens ukrainiens, parce que, selon lui, il ne peut y avoir un traitement égal entre « celui qui envahit et celui qui se défend ». « Protéger l'Ukraine, c'est se protéger soi-même et le projet de sécurité que nous avons construit », a-t-il considéré. D'après M. Draghi, « l'UE peut et doit jouer un rôle central » pour parvenir à un cessez-le-feu et favoriser des négociations de paix entre les belligérants.
Le président du Conseil italien a également longuement évoqué la crise énergétique qui frappe l'UE. Il a admis « la vulnérabilité » de son pays vis-à-vis du gaz russe, qui représente 40% de sa consommation, alors que l'Italie n'a « pas de charbon, ni d'énergie nucléaire et presque pas de pétrole ». Néanmoins, il a assuré du soutien de l'Italie à toutes les sanctions européennes visant le Kremlin déjà prises et à venir, y compris dans le domaine énergétique.
M. Draghi s'est également dit favorable à la fixation d'un plafonnement des prix énergétiques pour soulager les consommateurs et limiter le financement de l'effort de guerre russe. Il a prôné une révision en profondeur du processus de formation des prix, actuellement basé sur le gaz, alors que la part des renouvelables est en train d'augmenter. Et, de par sa position géographique, l'Italie pourrait aussi servir de « pont » entre l'UE et les pays méditerranéens en matière de fourniture d'énergie, M. Draghi pointant les promesses des énergies renouvelables en Afrique.
Selon lui, le Conseil européen de mai constituera le bon moment politique pour prendre des « décisions fortes » dans ce domaine.
Enfin, M. Draghi a réitéré le soutien de l'Italie au processus d'élargissement de l'UE à tous les pays des Balkans occidentaux. Et « nous voulons l'Ukraine dans l'Union européenne », a-t-il réaffirmé. Il a aussi prôné « un vrai partenariat » avec les pays de l'espace méditerranéen, qui doit redevenir un axe stratégique des relations de l'Union avec son voisinage proche.
Et M. Draghi de préconiser une réforme des règles européennes dans le domaine de la migration. Cette réforme devra, selon lui, dépasser les règles dites 'de Dublin' en facilitant le retour des personnes en situation irrégulière, mais aussi en offrant davantage de canaux légaux d'immigration. (Mathieu Bion)