La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a fait le point, mercredi 16 mars, devant la commission des libertés civiles du Parlement européen, sur la mise en œuvre de la directive de 2001 sur la protection temporaire immédiate, activée le 3 mars par les ministres de l’Intérieur de l’UE au profit des réfugiés d’Ukraine.
Alors que plus de 3 millions de personnes sont déjà arrivées dans l’UE, dont plus de 1,7 million en Pologne, 600 000 en Roumanie ou 200 000 en Slovaquie, la commissaire a indiqué qu’elle présenterait ce 17 mars des lignes directrices pour aider les États membres à mettre en œuvre cette protection temporaire, que les réfugiés doivent demander une fois arrivés dans l’UE. Vingt-et-un États membres ont activé à ce jour ce dispositif, pourtant accepté par tous les États membres le 3 mars. Très peu de demandes d’asile ont par ailleurs été déposées jusqu'ici : environ 13 000, selon les chiffres donnés par la commissaire.
La Commission présentera aussi « la semaine prochaine » une communication pour accompagner cette directive, concentrée sur l’application concrète des droits offerts par la directive entre le droit de travailler, d’aller à l’école, le droit au logement.
La communication devrait insister sur les fonds disponibles pour aider les États membres à effectuer ces missions.
Lors de cet échange de vues avec les députés, la commissaire a réitéré certaines de ses inquiétudes, notamment en ce qui concerne les enfants non accompagnés. « Il y a très peu de rapports sur des enfants non accompagnés ou sur la traite de ces enfants, mais, pour être honnête, je crois que c’est un grand problème », a-t-elle confié, demandant aux États membres d’être très vigilants sur ce phénomène, le réseau européen anti-traite des êtres humains ayant lui aussi été activé.
La commissaire s’est aussi penchée sur le cas de la Moldavie, qui a reçu 600 000 personnes depuis le 24 février et en abrite aujourd’hui 100 000, les autres réfugiés ayant rejoint la Roumanie.
Ce petit pays a des difficultés à gérer sa frontière avec l’Ukraine. La commissaire a donc demandé au PE de se prononcer rapidement, dès ce 17 mars, sur l’accord de statut proposé entre Frontex et la Moldavie afin que l’agence européenne puisse envoyer des agents. Le Conseil de l’UE devrait, pour sa part, adopter ce 17 mars cet accord entre Frontex et la Moldavie, a dit la commissaire.
Les députés, quant à eux, ont exprimé des craintes quant au fait que tous les réfugiés d’Ukraine puissent ne pas avoir le même niveau de protection. Certains se sont aussi inquiétés du fait que la Pologne ou la Hongrie tentent d’utiliser leur grande ouverture aux réfugiés ukrainiens pour faire disparaître les contentieux sur l’État de droit, à l'instar de Birgit Sippel (S&D, allemande), qui s’est dite personnellement « choquée » que ces deux pays puissent tenter d’instrumentaliser la guerre en Ukraine.
D’autres, comme Tineke Strik (Verts/ALE, néerlandaise), ont voulu insister sur le fait que, dans ces pays, c’est surtout la société civile qui s’est mobilisée pour accueillir les réfugiés - pas forcément les gouvernements en place - et qu'elle doit donc être soutenue, a lancé la députée écologiste. (Solenn Paulic)