À J-22 du début de la Présidence française du Conseil de l’UE, le président français, Emmanuel Macron, a présenté, jeudi 9 décembre, les priorités de cette Présidence qui se tiendra du 1er janvier au 30 juin 2022.
« Nous devons passer d’une Europe de coopération à l’intérieur de nos frontières à une Europe puissante dans le monde, libre de ses choix et maître de son destin », a souligné M. Macron lors d'une longue présentation devant les médias.
Alors que le slogan de cette Présidence est « relance, puissance et appartenance », M. Macron a mis en avant deux axes importants : une Europe plus souveraine et un nouveau modèle de croissance.
La souveraineté européenne
Pour le président français, une 'Europe plus souveraine' passe tout d’abord par la capacité à maitriser ses frontières. M. Macron propose ainsi de mettre en place un pilotage politique de l’espace Schengen. Il plaide aussi pour la création d’un mécanisme de soutien d’urgence aux frontières en cas de crise - pour renforcer la solidarité entre les États membres – et entend faire avancer le paquet migratoire, c’est-à-dire travailler avec les pays d’origine et de transit, harmoniser les règles en matière d’asile, protéger les frontières et harmoniser la gestion des flux secondaires.
Le président entend également avancer sur la politique de défense. Sous Présidence française, en mars, sera adoptée la 'Boussole stratégique'.
Enfin, la stabilité du voisinage est l’une des conditions de cette 'Europe souveraine’, selon M. Macron. À cet égard, « la relation avec l’Afrique est une priorité. Le lien entre nos deux continents est le plus grand projet politique et géopolitique des décennies à venir. Cette relation sera structurante pour la paix en Méditerranée, la paix et la prospérité en Europe et en Afrique », a-t-il estimé.
Le sixième sommet UE/Union africaine, qui se tiendra sous Présidence française en février, aura pour objectif de « refonder la relation » (EUROPE 12843/8). Ce sommet visera « un New Deal européen » pour accompagner la croissance économique du continent africain, dans le prolongement du sommet organisé à Paris en mai 2021, où fut proposée la réallocation de droits de tirages spéciaux vers les pays africains, actée depuis lors par le sommet du G20 (EUROPE 12824/13).
M. Macron a souligné les besoins énormes en financements - 300 milliards d’euros entre 2020 et 2025 - d’un continent confronté à l’impact de la crise de la Covid-19 et à une explosion démographique. Les autres sujets à l’agenda seront : - l’éducation, la santé et le climat ; - la sécurité ; - la mobilité choisie. Le président français a appelé de ses vœux « un partenariat de sécurité entre l’Afrique et l’Europe ».
Autre voisinage important : les Balkans occidentaux, qui feront l’objet d’une conférence en juin. Selon M. Macron, il faut « mener une politique de réengagement et d’investissement » dans la région. Et celui qui a souvent plaidé pour un approfondissement de l’UE avant son élargissement souhaite clarifier la perspective européenne de la région.
Nouveau modèle européen de croissance
M. Macron souhaite également pousser pour un « nouveau modèle de croissance européenne ». Pour définir ce que sera l’Europe de 2030, la Présidence française du Conseil de l’UE entend organiser un sommet les 10 et 11 mars. Ce modèle doit permettre, selon M. Macron, d’avoir une réponse économique adaptée à la sortie de crise, « avec comme priorité une Europe de l’innovation, de la production et de la création d’emploi ».
Pour cela, le président estime qu’il faudra notamment revoir les règles budgétaires, avec des investissements nouveaux. Selon lui, l’Europe ne réussira ni sa transition climatique, numérique ou sanitaire avec un cadre budgétaire qui a été créé au début des années 1990. Le président veut aussi relancer le travail commun sur le cadre financier et parachever l’Europe bancaire et celle des marchés de capitaux.
Emmanuel Macron veut en outre mettre la politique commerciale et la politique climatique « en cohérence ». C'est pourquoi il souhaite « parachever » le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) pendant la PFUE. Il a également affiché la volonté française de « pousser » l'idée des clauses miroirs dans les accords commerciaux. Ceux-ci supposent d'aligner les normes environnementales des produits importés sur ceux de l'UE.
La Présidence française entend aussi faire de l’Europe une puissance du numérique, notamment en créant un véritable marché intégré du numérique, en simplifiant les règlements et en attirant les financements. Sur ce point, M. Macron a notamment mis en avant les règlements sur les marchés numériques et les services numériques, DMA et DSA.
Il veut aussi des emplois mieux rémunérés et plus qualifiés. Selon lui, la Présidence française du Conseil de l’UE pourra parachever les discussions sur la directive sur les salaires minimums. Il entend également finaliser les discussions sur la directive sur un meilleur équilibre entre les hommes et les femmes dans les conseils d’administration et avancer sur le devoir de vigilance.
Humanisme européen
Enfin, M. Macron souhaite faire de la Présidence un « moment d’humanisme européen ». Le mois de mai devrait marquer la conclusion de la Conférence sur l’avenir de l’Europe.
Rappelant que l’UE est fondée sur des valeurs, il veut aussi réfléchir sur de nouveaux outils « pas seulement de sanction, mais aussi d’encouragement ». Il a annoncé vouloir mettre en place un fonds de soutien au journalisme indépendant et d’investigation et travailler sur une législation européenne sur la lutte contre les violences faites aux femmes.
Le président compte également mettre l’accent sur l’éducation avec notamment le lancement d’un grand travail sur l’histoire de l’Europe, l'organisation d'une réunion des universités européennes en juin et la création d’une académie d’Europe.
Voir le calendrier de la Présidence : https://bit.ly/3dxCpD8
Lien vers le site de la Présidence française : https://bit.ly/3dDLLNM (Camille-Cerise Gessant avec Aminata Niang et Léa Marchal)