Les ministres de l’UE chargés des Transports se sont finalement réunis jeudi 8 octobre – après une première tentative avortée lundi 28 septembre (EUROPE 12569/3) – pour discuter de la proposition allemande d’élaborer un plan européen d’urgence pour le transport de marchandises en cas de pandémie.
L’objectif de cette proposition, détaillée précédemment dans nos colonnes (EUROPE 12568/2), est d’éviter qu’une situation de crise interrompe de nouveau les flux de transport de marchandises essentielles. Il s’agit, en d'autres termes, de garantir que les difficultés rencontrées dans le cadre de la pandémie de Covid-19 au printemps dernier (EUROPE 12452/14) ne se reproduisent.
Son initiative a reçu un soutien unanime des ministres ainsi que de la commissaire européenne aux Transports, Adina Vălean. L’ébauche de plan d’urgence présentée par Berlin a toutefois fait l’objet de diverses remarques.
Transport de passagers. Les conclusions préparées par la Présidence à ce sujet seront donc retravaillées par la Présidence sur la base de la réunion tenue ce jeudi, a assuré M. Scheuer.
De nombreux ministres ont notamment jugé important d’élargir ce plan d’urgence – initialement pensé pour le fret uniquement – au transport de passagers, afin que ce dernier ne soit pas davantage perturbé.
Ce point a notamment été soulevé par Georges Gilkinet, nouveau ministre belge de la Mobilité, qui a en particulier insisté sur la nécessité de rétablir la confiance des voyageurs dans des modes de transport tels que le bus et le train.
Soutenir les travailleurs. La question de la protection des travailleurs du secteur a également été abordée à plusieurs reprises.
« Leur protection est fondamentale et ils doivent être en mesure de traverser la frontière à n’importe quel moment durant une crise », a requis la représentante du ministère slovaque des Transports. De même, le ministre finlandais des Transports, Timo Harakka, a prôné une harmonisation des documents demandés aux travailleurs du secteur au passage des frontières, en période de crise.
Tomas Eneroth, ministre suédois des Infrastructures, a pour sa part mis l’accent sur les difficultés que rencontrent toujours des centaines de milliers de marins pour se déplacer et assurer les changements d’équipage (EUROPE 12465/7).
Enfin, le secrétaire d’État autrichien, Magnus Brunner, a plaidé pour le maintien des « standards sociaux » et le ministre belge pour que soit accordée « une place importante à la dimension humaine du transport et à l’écologie ».
Priorité au ferroviaire. Plusieurs intervenants ont à leur tour abordé la question environnementale et demandé que les objectifs climatiques du Pacte vert européens soient « au cœur » de ce plan d’urgence.
Certains, parmi lesquels les ministres belge, luxembourgeois, portugais ou encore estonien, ont de fait insisté sur la nécessité de mettre l’accent sur le développement du rail et d’investir en faveur de ce secteur « beaucoup plus durable ».
Paquet mobilité. Les ministres polonais, hongrois, lituanien ou encore roumain ont, pour leur part, appelé la Commission à suspendre, dans le cadre de ce plan, certaines des mesures du paquet ‘mobilité I’ adopté l’été dernier (EUROPE 12524/19).
« Pour garantir l'efficacité et réduire les infections, nous proposons de suspendre temporairement l'interdiction du temps de repos dans les véhicules, d'assouplir les règles de cabotage et de suspendre le retour au domicile des véhicules et des conducteurs », a ainsi requis le représentant du ministère roumain des Transports.
Autant de mesures critiquées de longue date par les détracteurs du paquet ‘mobilité I’ (EUROPE 12518/7).
Enfin, la commissaire a indiqué dans son intervention finale avoir bien pris note de la volonté de nombreux États d’obtenir un cadre plus flexible pour les aides d’État en temps de crise et de minimiser les charges administratives pesant sur le secteur, en évitant de créer de nouvelles structures de coordination, par exemple.
Andreas Scheuer, quant à lui, a souligné que ce plan, d’abord envisagé en prévision de crises futures, s’avérerait probablement nécessaire dès à présent. « Les prochains mois vont continuer à être un grand défi, nous devons éviter toute surprise », a-t-il ajouté. (Agathe Cherki)