Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité a nié, jeudi 30 avril, la modification d’un rapport sur la désinformation à la suite de pressions chinoises (EUROPE 12475/22).
« Je peux vous assurer qu'aucun changement n'a été apporté à la version publiée pour accommoder un acteur tiers, en l’occurrence la Chine. La campagne de désinformation menée par des États y est clairement évoquée, y compris par la Chine, aucune dilution des propos n’a eu lieu », s'est-il justifié auprès des députés de la commission Affaires étrangères du PE, ajoutant que le rapport n’avait pas été écrit sous pression.
Le Haut Représentant a cependant reconnu que les autorités chinoises, quand elles ont pris connaissance qu’un document allait être publié, ont fait part de leurs inquiétudes « par le biais de certains canaux de communication ». « Les autorités chinoises n’étaient pas contentes et ne le sont toujours pas », a-t-il ajouté.
Précisant n’avoir appris la situation qu’après la publication des articles de presse, M. Borrell a expliqué avoir fait des vérifications et que, sur la base de celles-ci, « aucune pression n’a mené à quelconque reformulation d’un texte qui aurait dû être publié ». Il a donc également nié avoir donné des ordres pour changer le rapport, n’étant pas au courant de la situation.
Interrogé sur le report - de quelques jours - de la publication du document, le chef de la diplomatie européenne a expliqué que le contenu et le moment de la publication étaient le fait d’une décision du service diplomatique, qui ne s’était plié à la volonté de personne.
Selon M. Borrell, il y a eu un malentendu, car il y a en réalité deux rapports : l’un prévu pour un usage en interne et l'autre pour le public. « Certains disent que la deuxième publication est la première publication modifiée. Ce n’est pas le cas, il s’agit de deux textes différents, destinés à deux publics différents », a-t-il souligné. Le Haut Représentant a rappelé que ce fameux rapport « donne une image complexe, y compris des discours agressifs et fallacieux d'acteurs internationaux, dont la Chine et la Russie, mais aussi le régime syrien et le gouvernement iranien ».
Et alors que plusieurs députés européens ont estimé que « le mal était fait », qu'il y ait eu modification du rapport ou non, M. Borrell a refusé d’accepter que la crédibilité de son institution soit entachée par cette histoire. Il a regretté qu’un mail transféré par un membre de EUStratcom soit plus important que tout le travail de l’institution.
Le Haut Représentant a profité de l'occasion pour rappeler que EUStratcom comptait 38 membres, pour un budget annuel de 6 millions d’euros, et qu'il ne dépendait que des députés européens, colégislateurs sur le budget, pour que le service bénéficie de plus de ressources. (Camille-Cerise Gessant)