La croissance économique dans la zone euro et l'Union européenne est actuellement dans sa 7e année consécutive et se poursuivra à un rythme modéré jusqu'en 2021. Toutefois, il ne faut pas s'attendre à un rebond d'activité en raison de facteurs d'incertitude à la fois externes, comme les tensions commerciales, et internes, notamment l'hypothèse persistante d'un Brexit sans accord.
Tels sont les principaux enseignements des prévisions économiques d'automne que la Commission européenne a présentées, jeudi 7 novembre, et qui prévoient notamment une croissance du PIB - revue à la baisse - de 1,1% en 2019, de 1,2% en 2020 et 2021 pour la zone euro et de 1,4% en 2019, 2020 et 2021 pour l'Union européenne dans son ensemble.
« Les fondamentaux restent robustes jusqu'en 2021 », notamment dans le secteur des services et la consommation des ménages, a estimé le commissaire aux Affaires économiques. Pierre Moscovici a néanmoins évoqué « une croissance freinée incontestablement par les tensions commerciales » et une demande mondiale faible, deux facteurs qui pèsent sur l'industrie manufacturière, « l'Allemagne étant la plus touchée » par cette situation.
Surtout, a-t-il noté, « l'absence de rebond marque un changement par rapport aux précédentes prévisions » et se traduira par « une nouvelle période de croissance modérée au cours des prochaines années ». Et, en matière d'emploi, la croissance des embauches subit un ralentissement marqué qui conduira à une « stabilisation » du chômage : 7,6% en 2019, 7,4% en 2020, 7,3% en 2021 pour la zone euro.
Sans surprise, les disparités nationales au sein de l'UE restent vives en matière de croissance, de déficit et d'endettement public.
La création de richesses croîtra en 2019 de 5,6% du PIB national, 5,0% et 4,6% respectivement en Irlande (3,5% en 2020), à Malte (4,2% en 2020) et en Hongrie (2,8% en 2020). Aucun État membre ne sera en récession cette année ni l'année prochaine. Mais la croissance demeurera atone en Italie (0,1% en 2019 et 0,4% en 2020), modérée en Allemagne (0,4% en 2019 et 1,0% en 2020) et plus robuste en France (1,3% en 2019 et 2020) et surtout en Espagne (1,9% en 2019 et 1,5% en 2020).
À part la Roumanie (-3,6% du PIB) et la France (-3,1%), aucun État membre n'enregistrera cette année un déficit public supérieur au seuil des 3% du PIB national fixé par les règles budgétaires européennes. Quatorze pays - dont neuf issus de la zone euro - seront en 2019 en situation d'excédent budgétaire, la palme revenant à Chypre (3,7% du PIB). La Lituanie sera à l'équilibre les deux prochaines années, tandis que l'Italie devrait connaître un déficit en termes nominaux de -2,2% du PIB en 2019 et de -2,3% en 2020.
Au final, le positionnement budgétaire au niveau de la zone euro sera très légèrement expansif dans les deux ans à venir, le déficit public moyen augmentant graduellement chaque année : -0,8% du PIB en 2019, -0,9% en 2020, -1,0% en 2021.
Concernant la dette publique, les pays les plus endettés par rapport à leur richesse nationale demeurent la Grèce (175,2% du PIB en 2019, 169,3% en 2020), l'Italie (136,2% en 2019, 136,8% en 2020), le Portugal (119,5% en 2019, 117,1% en 2020). L'endettement devrait stagner, tout en restant à un niveau proche, mais inférieur à 100% du PIB en Belgique, en France et en Espagne.
Interrogé sur la politique budgétaire que les États membres devraient adopter pour soutenir la croissance, M. Moscovici a redit que les pays aux finances publiques fragiles, comme l'Italie et la France, devraient poursuivre les réformes structurelles pour augmenter leur croissance potentielle, tandis que les pays disposant de surplus budgétaires « massifs », comme l'Allemagne, devraient investir pour soutenir la demande intérieure.
« S'il fait froid, peut-être faut-il monter le chauffage ? », a dit le commissaire. Mais « il ne s'agit pas de renoncer aux règles ni à la discipline », a-t-il immédiatement relativisé. Toutefois, a-t-il estimé, la question de la pertinence des règles inscrites dans le Pacte de stabilité et de croissance n'est « pas un sujet tabou », s'il s'agit de les rendre plus simples et de favoriser un traitement différencié, mais sans tomber dans l'« irresponsabilité ».
Mercredi, le président français, Emmanuel Macron, a estimé que le seuil maximal de 3% du PIB de déficit public relevait d'un « débat d'un autre siècle ». « Nous avons besoin de plus d’expansionnisme, de plus d’investissement. L’Europe ne peut pas être la seule zone à ne pas le faire », a-t-il déclaré à l'hebdomadaire The Economist.
La Commission européenne présentera ses recommandations sur les projets de budgets des pays de la zone euro pour 2020 le mercredi 20 novembre.
Italie. « Nous n'avons en rien pensé à rejeter le projet de budget » italien, a indiqué M. Moscovici, qualifiant ce projet de « sérieux ». La situation n'est « pas comparable » avec la confrontation, fin 2018, entre la Commission et le précédent gouvernement italien sur le budget 2019, a-t-il ajouté.
Dans le même temps, il a demandé aux autorités italiennes de « ne pas relâcher la pression » en matière de discipline budgétaire et s'est inscrit en faux contre les « deux poids, deux mesures » qui seraient appliqués par la Commission au traitement de la situation budgétaire italienne en fonction de la nature du gouvernement en place (EUROPE 12123/1, 12163/1).
Fin octobre, la Commission s'est limitée à demander des explications à cinq États membres, dont la France et l'Italie, sur leur projet de Loi de finances (EUROPE 12354/19).
Grèce. D'après la Commission, en 2019, Athènes devrait enregistrer un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de 3,8% du PIB pour un objectif fixé à 3,5% chaque année jusqu’en 2022 (EUROPE 12323/11).
Le gouvernement de M. Mitsotakis est-il en mesure de renégocier cette obligation imposée à la finalisation du troisième plan de sauvetage grec ? Refusant de s'avancer, le commissaire a estimé que la meilleure manière de créer la confiance était de respecter d'abord les engagements fixés. Cette question devrait être inscrite à l'agenda de la réunion de l'Eurogroupe de décembre.
Voir les prévisions économiques d'automne de la Commission : http://bit.ly/34GU30u (Mathieu Bion)