Au lendemain du relèvement unilatéral, le 23 mars, des droits de douane américains sur les importations d'acier et d'aluminium, dont l'UE est provisoirement exemptée jusqu'au 1er mai, la « méthode de travail opérationnelle » pour les discussions à venir entre la Commission européenne et l'administration américaine sur les problèmes des surcapacités industrielles mondiales et leurs frictions commerciales reste indéfinie, a-t-on appris de source proche du dossier à la Commission, mardi 27 mars.
« La commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, et le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, ont eu l'occasion de se parler lundi (26 mars). Ils ont parlé de la suite à donner en ce qui concerne la discussion entre l'UE et les États-Unis sur des questions d'intérêt commun, y compris la lutte contre la surcapacité. D'autres contacts auront lieu dans les semaines à venir et les États membres seront dûment informés tout au long du processus », a indiqué la porte-parole en chef adjointe de la Commission, Mina Andreeva, lors d'un point presse, mardi midi.
« Les deux parties discutent encore de la méthode de travail opérationnelle, en gardant à l'esprit que le premier problème formel est celui des surcapacités dans l'acier (...) Nous nous attendons à ce que l'exemption (des taxes américaines) soit permanente. Toutefois, si notre partenaire américain veut discuter de toute question que ce soit, nous sommes prêts à le faire », avait indiqué la veille le porte-parole de la Commission chargé des questions commerciales, Daniel Rosario.
« Nous devons encore décider comment nous allons travailler. Mme Malmström et M. Ross ont eu un échange d'une heure lundi soir. Ils discutent de ce que les deux parties vont mettre sur la table, quand et comment discuter des questions d'intérêt commun », nous a confié une source mardi.
À son retour de Washington, jeudi 22 mars, Mme Malmström s'était montrée perplexe devant l'incertitude entourant les revendications du président américain, Donald Trump, qui, dans des prises de position musclées sur son compte Twitter, a ouvert une controverse sur l'accès au marché européen, pointant notamment du doigt les tarifs européens sur l'automobile (EUROPE 11979).
L'UE coopère déjà avec les États-Unis pour s'attaquer aux pratiques déloyales, notamment en Chine, qui encouragent les surcapacités d'acier et d'aluminium, comme dans le cadre du Forum mondial sur l'acier, mis en place fin 2016 par les pays du G20 et piloté par l'OCDE, et des discussions trilatérales avec le Japon, a rappelé plusieurs fois Mme Malmström (EUROPE 11985, 11979).
« Si on analyse tous les discours du président Trump, il semble penser, et je le cite presque, que le reste du monde trompe les États-Unis et que l'UE a des pratiques commerciales déloyales », avait commenté Mme Malmström dans un entretien avec l'agence Reuters, le 22 mars.
Mme Malmström avait souligné qu'elle aussi avait une longue liste de « griefs commerciaux » visant les États-Unis, comme le Buy American Act, qui exige que des fonds fédéraux pour les projets routiers et ferroviaires soient dépensés pour des marchandises de fabrication américaine, ou le Jones Act, qui exige que les marchandises expédiées entre les ports américains soient transportées sur des navires américains dont l'équipage est composé de citoyens américains.
« Ce serait mutuellement bénéfique si nous pouvions résoudre les problèmes et nous sommes toujours prêts à nous engager, mais nous avons besoin de savoir quel est le résultat attendu d'ici le 1er mai et à quel point cette échéance est sérieuse », avait-elle insisté. (Emmanuel Hagry)