Le déclin des populations d’abeilles est d’une telle ampleur que l’heure n’est plus à la procrastination, ont souligné, jeudi 15 mars à Bruxelles, des scientifiques, des défenseurs des abeilles et des ONG environnementales, pressant les États membres de se prononcer urgemment sur la proposition d’interdiction quasi totale des trois néonicotinoïdes tueurs d’abeilles les plus dangereux.
Ces experts s’exprimaient devant la presse, avant de participer à un atelier sur les pollinisateurs organisé par les services à l'Environnement de la Commission avec toutes les parties prenantes, à l’heure où se prépare une stratégie de l’UE sur les pollinisateurs.
Tous ont dit attendre avec impatience une telle stratégie, seule à même de s’attaquer au problème plus largement, les abeilles n’étant pas les seules à décliner. « C'est une grande opportunité de changer les pratiques agricoles et d'améliorer la surveillance et les données », a estimé Matt Shardlow de l'ONG Buglife. Il s'est dit très inquiet par l'impact des pesticides sur la biodiversité - les abeilles au premier chef - mais également les « papillons, en déclin, eux aussi ».
Lors de la réunion du comité des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et aliments pour animaux (PAFF), les 22 et 23 mars, une simple discussion est prévue sur les dernières conclusions de l’EFSA, qui ont confirmé le risque de toxicité aigüe des néonicotinoïdes pour toutes les abeilles (EUROPE 11971). Cela, alors qu’un vote des experts des Vingt-huit avait déjà été différé en décembre (EUROPE 11925), a déploré Walter Haefeker de l’Association européenne des apiculteurs professionnels (EPBA).
« C’est une nouvelle manœuvre dilatoire. Il est temps qu’un vote intervienne et que les États membres affichent la couleur », a-t-il déclaré. Et de rappeler que dix ans se sont déjà écoulés entre les premières alertes données par les apiculteurs et l’interdiction partielle d’utiliser trois néonicotinoïdes décidée par l’UE en 2013 (EUROPE 10852). Pour M. Haefeker, la proposition n'est pas la panacée, car elle se concentre sur les seules abeilles et « prévoit une exception artificielle pour les serres », mais c'est un premier pas dans la bonne direction.
Interrogée jeudi sur les raisons du report du vote, la Commission a simplement confirmé à EUROPE qu'il n'y aurait pas de vote.
À ce jour, il apparaît assuré que la France, le Royaume-Uni, l'Irlande, la Croatie, la Slovénie, le Luxembourg et Malte soutiendront la proposition sur la table. La Hongrie et la Roumanie seraient contre. L'Allemagne pourrait s'abstenir ou voter contre.
« Toutes les techniques d’utilisation massive de néonicotinoïdes hautement toxiques ont un impact sur la biodiversité et les oiseaux et même sur les poissons qui se retrouvent dans les vertébrés aquatiques », a souligné Jean-Marc Bonmatin, chercheur français au CNRS. Selon lui, les néonicotinoïdes sont le symptôme d’une agriculture qui utilise les pesticides à foison « comme traitement préventif alors que des solutions alternatives existent » et sont économiquement rentables. « Il ne faut pas traiter les semences en l'absence d'insectes nuisibles. En cas de problème, il faut traiter avec des pesticides plus efficaces et, en dernier recours, uniquement utiliser les néonicotinoïdes », a-t-il ajouté.
Le recours à un fonds d'assurance mutualisé pour indemniser les agriculteurs qui n'utilisent pas les pesticides de manière prophylactique peut aussi s'avérer efficace si l'assurance paie la différence en cas de perte de rendement. « 40 euros pour des insecticides comparés à 3,5 euros pour l'assurance par hectare, c'est un bon deal pour les agriculteurs », a fait valoir M. Bonmatin. (Aminata Niang)