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Bulletin Quotidien Europe N° 11982
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POLITIQUES SECTORIELLES / Migration

Pour le HCR, l’UE doit s’engager sérieusement à aider les pays africains à enregistrer leurs ressortissants

Vincent Cochetel, l’envoyé spécial du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) pour la Méditerranée centrale, a fait le point, jeudi 15 mars à Bruxelles, sur la situation des migrants pris au piège en Libye, dont certains ont pu être rapatriés vers leurs pays d’origine ou accueillis au Niger (voir autre nouvelle). À cette occasion, il a répondu à quelques questions plus générales d'EUROPE sur la politique de l’Union européenne en la matière. (Propos recueillis par Solenn Paulic)

Agence Europe - le HCR avait lancé en septembre 2017 un appel pour la réinstallation de 40 000 réfugiés désirant rejoindre l'Europe via la route vers la Méditerranée centrale, mais bloqués dans des pays comme la Libye, l’Égypte ou le Niger. L’UE fait-elle sa part ?

Vincent Cochetel - À ce stade, nous avons reçu 24 443 promesses globales de réinstallation dont 7 190 ont été proposées par des pays européens (450 places ont été promises par l'Europe strictement pour la Libye). Cela fait un tiers des promesses. Donc, on n'y est pas encore. 

En matière de réinstallation, l’UE reste concentrée sur la problématique des réfugiés syriens et elle doit continuer à le faire bien sûr. Il y a, pour cela, toute une machinerie en place, notamment du fait de l’accord qu’elle a avec la Turquie. Il y a cet effort de réinstallation envers la Syrie et le Moyen-Orient et la plupart des promesses sont donc focalisées sur cette situation. 

C'est aussi plus compliqué pour la Libye et les pays alentours, car le dispositif de réinstallation concerne cette fois 15 pays. 

En revanche, l’Europe n’a fourni que 55 places en réponse à l’appel d’urgence (lancé en décembre par le HCR pour réinstaller d’ici fin mars 1 300 réfugiés particulièrement vulnérables et bloqués en Libye - le Niger en a accueilli plus de 1 000). 55 en trois mois... L’Europe peut faire mieux. 

Au PE, la discussion sur le règlement ‘réinstallation’ a soulevé des questions quant au fait que le Conseil pourrait diluer les places de réinstallation en y substituant des admissions à titre humanitaire, connues pour offrir un peu moins de droits aux personnes accueillies. Cela vous inquiète-t-il ?

L'important, pour nous, c’est que les gens disposent d’un certain nombre de droits et qu’ils ne reçoivent pas que des statuts temporaires. Je pense, par exemple, à des Irakiens arrivés en Suède qui ont pu monter des start-ups

Les places de réinstallation étant limitées, nous sommes donc en faveur de nouvelles voies d’accès légal. On peut déjà faire fonctionner le regroupement des familles, mais on pense aussi à des systèmes de forme circulaire permettant à des migrants de venir travailler 6 mois, par exemple. On veut aussi développer un certain nombre de projets pilotes, par exemple avec des universités mais aussi un système de sponsoring privé. Un partenariat avec une commune, une Église, avec bien sûr l’autorisation des autorités compétentes. Ça se fait beaucoup au Canada, en Australie et on le voit aussi au Royaume-Uni et en Irlande. 

La Commission a proposé le 14 mars de réformer la politique des visas et d’être plus dure avec les pays tiers qui ne coopèrent pas suffisamment pour reprendre leurs ressortissants (EUROPE 11981). Ce n’est pas un peu sévère ?

Au HCR, nous n’avons rien à dire sur la politique des visas qui reste une prérogative des États. 

Mais le fait que l’on ne s’attaque pas à ces problèmes de retours fait peser un vrai danger sur la politique d’asile. C’est une grande inquiétude pour nous et il y a des pays qui ne jouent pas le jeu alors qu’ils reçoivent de l’aide européenne. 

On peut rappeler aussi que reprendre ses ressortissants en situation illégale constitue une obligation légale. Après, il y a les pays qui ne veulent pas les reprendre et il y a ceux qui ne peuvent pas car ils n’ont pas les capacités à réadmettre ces personnes. 

Et c’est là que l’UE doit investir. Elle doit aider ces pays à travailler sur l’identification et l’enregistrement civil de ces personnes. Il y a des pays où cet enregistrement ne fonctionne pas du tout. La Gambie a signalé ces difficultés. En Afrique de l’Ouest, il y a des millions de gens sans documents d’identité. En fait, ce sont 200 millions sur 300 millions de personnes ! 

Ce travail sur l’état civil a été mentionné dans un article du plan de La Valette en 2015, mais seulement en lien avec les retours. Or il faut un enregistrement civil pour tout ! L’UE doit sérieusement s’engager à aider ces pays à faire ces enregistrements. Le Trust Fund pour l’Afrique doit vraiment soutenir cet effort car cela sert l’UE comme cela sert les pays africains. 

Alors pourquoi ne le fait-on pas ?

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