Les modalités possibles de l'accord qui prendra la relève de l’Accord de Cotonou entre l'UE et 79 pays du groupe ACP (Afrique/Caraïbes/Pacifique) à son expiration, en février 2020, se précise dans l'esprit de la Commission européenne. Cette dernière a présenté, mardi 12 décembre à Strasbourg, une recommandation au Conseil qui a valeur de proposition de mandat de négociation des Européens pour les pourparlers qui débuteront avec les pays ACP partenaires au plus tard en août 2018.
Sans surprise, la Commission propose un accord-parapluie et trois accords régionaux taillés sur mesure, respectivement avec chacune des trois régions. L'accord-cadre serait fondé sur des intérêts communs, des valeurs et des responsabilités partagées, pour un partenariat renouvelé adapté aux nouveaux défis mondiaux (EUROPE 11780).
Le mandat de négociation recense « les éléments clés à prendre en compte comme la démocratie et les droits humains, la croissance économique et l’investissement, le changement climatique, l’éradication de la pauvreté, la paix et la sécurité et la migration », a souligné le vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, à l'issue de la réunion hebdomadaire du collège. L'ambition de la Commission pour ce partenariat futur est d'obtenir des résultats dans tous ces domaines.
Les priorités pour chacune des régions ACP tiendraient compte de leurs spécificités.
Ainsi pour l’Afrique : il s'agirait d'atteindre la paix et la stabilité, de consolider la démocratie et la bonne gouvernance, de déployer les opportunités économiques, d'atteindre les normes de développement humain, de gérer la migration et la mobilité et de lutter contre le changement climatique (en ligne avec le sommet UA/Afrique).
Pour les Caraïbes : changement climatique, vulnérabilité, sécurité des citoyens, bonne gouvernance, droits humains, développement humain et cohésion sociale seraient parmi les priorités. Il s'agirait aussi d'approfondir l’intégration régionale, de stimuler la croissance durable, le commerce et la création d’emploi, de lutter contre les inégalités et de réduire l’impact des catastrophes naturelles.
Pour la région Pacifique : lutte contre la vulnérabilité aux catastrophes naturelles et changements climatiques, bonne gouvernance, droits humains et croissance durable et inclusive guideraient le partenariat bilatéral avec l'UE.
Ces directives de négociation sont le fruit d'un large exercice de consultation et de débats ministériels qui ont eu lieu, du côté européen, depuis la publication conjointe de la Commission et de la Haute Représentante en novembre 2016.
Les ACP n'entendent pas qu'on les divise. Du côté ACP, les préparatifs s'intensifient, mais le mandat de négociation n'est pas encore finalisé. Le document de réflexion publié lors du Sommet des chefs d'État ou de gouvernement ACP de Port-Moreby 'Les ACP que nous voulons', est toujours en discussion. Il vise un accord contraignant d'un groupe ACP solidaire, désireux de diversifier ses partenariats, et se fonde sur trois piliers : - le commerce, l'investissement, l'industrialisation et les services ; - la coopération au développement, les technologies, la science, l'innovation et la recherche ; - le dialogue politique et les activités de plaidoyer (EUROPE 11782).
« Nous souhaitons voir le partenariat Union africaine/Union européenne se consolider dans le cadre d'un nouvel accord post-Cotonou. Il ne s'agit pas de diviser l'UE et les pays ACP, mais de créer une plateforme commune », déclarait le Secrétaire général adjoint du groupe ACP, Léonard-Émile Ognimba, le 6 décembre, à l'issue de la 106ème session du Conseil des ministres ACP à Bruxelles, et au lendemain du sommet UA/UE d'Abidjan. 48 des pays ACP sont des pays d'Afrique. (Aminata Niang)