Si la Roumanie n’a pas encore défini précisément les priorités de sa présidence du Conseil de l’UE, qui aura lieu au premier semestre 2019, le ministre délégué aux Affaires européennes roumain, Victor Negrescu, a annoncé que celle-ci serait sous le signe des citoyens. La Roumanie est le premier membre du trio des présidences pour 2019-2020, avec la Finlande et la Croatie.
Plaidant pour l’intégration devant un petit groupe de journalistes, dont EUROPE, à Bucarest, le ministre a précisé que cela ne signifiait pas nécessairement un plus grand rôle pour la Commission, mais une plus grande collaboration entre les États membres sur des sujets importants, « des sujets qui importent aux citoyens, car l’UE doit aller davantage vers ce que les citoyens attendent de nous ». « Ils voudraient que l’UE fasse plus dans des domaines tels que l’éducation » ou la santé, même si la compétence de l’UE est réduite en la matière, a expliqué M. Negrescu. « Nous croyons que nous devons parler de tous les aspects importants aux yeux des Européens », a-t-il expliqué. Ainsi, le ministre souhaite avoir un débat ouvert avec les citoyens et compte organiser des débats du type des ‘conventions citoyennes’ telles que proposées par le président français Emmanuel Macron.
Le ministre veut aussi démocratiser l’accès à l’UE, aux informations la concernant. « Nous devons donner un accès à l’information européenne à tous les citoyens et pas seulement aux experts de la bulle européenne ». « La Roumanie est un pays pro-européen, mais l’information doit être mieux transmise aux citoyens », a-t-il regretté.
Le pays va être impliqué dans le choix des priorités de la présidence. Selon M. Negrescu, une consultation va débuter dans quelques jours pour les définir plus précisément. Le ministre a déjà mis en avant 4 grands axes de travail : - la convergence et la croissance économique ; - les questions de sécurité et l’Europe de la sécurité ; - les relations étrangères, l’action de l’UE dans le monde y compris en termes de commerce ; - les valeurs de l’UE, qu’il s’agisse du dialogue entre les citoyens ou d’une plus grande unité des États membres. Pour le ministre des Affaires étrangères, Teodor Melescanu, le Brexit ou encore la crise migratoire doivent aussi être vus comme des opportunités pour réconcilier l’UE avec ses valeurs.
Symbole de la participation des citoyens, la création du logo de la Présidence et sa désignation ont fait l’objet d’un concours impliquant la population. Et la Présidence a décidé d’organiser des réunions dans tout le pays durant son semestre de présidence. Les réunions des ministres, elles, auront lieu à Bucarest, dans le fameux palais de Ceausescu, et un sommet sera organisé en mai 2019 à Sibiu. « Une présidence, cela n’est pas une affaire de ministres ou de gouvernement, mais de citoyens », a justifié M. Negrescu.
Une présidence dans un contexte complexe
La présidence interviendra à un moment compliqué : le Royaume-Uni devrait sortir de l’UE et les élections européennes devraient se tenir au premier semestre 2019. Cependant, M. Negrescu a estimé que ces élections, qui auront lieu en fin de semestre de présidence, ne devraient pas avoir un impact trop important sur cette dernière. La Commission européenne sera aussi en fin de mandat et pourrait être tentée de faire avancer au maximum ces dernières priorités. C’est, par exemple, dans la première moitié de 2019 que le commissaire au Budget, Günther Oettinger, souhaite conclure les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel.
Selon M. Nesgrescu, pour se mettre d’accord sur le prochain CFP, il est nécessaire de réaliser une évaluation du cadre annuel. Il a estimé que les pays des Balkans pourraient contribuer davantage au budget de l’UE. Le ministre s’est dit réticent à la multiplication des fonds extérieurs au budget, comme le fonds Juncker, souhaitant un contrôle des citoyens, notamment par le biais du Parlement européen, dont il fut membre de juillet 2014 à juin 2017. Le ministre s’est aussi opposé à un budget spécifique de la zone euro, expliquant qu’il y avait « une seule Union dans laquelle les États membres doivent être considérés comme égaux ».
Redorer le blason du pays
La future Présidence roumaine pourrait aussi être l’occasion de renforcer le rôle de la Roumanie dans la prise de décision et de redorer son image, estimée comme faussée. La Roumanie deviendra, après la sortie du Royaume-Uni de l'UE, le sixième État membre par importance de sa population, avec 20 millions d’habitants. « Nous voudrions utiliser notre présidence pour parler plus d’UE, de notre position dans l’UE », a expliqué M. Negrescu. « Cela fait 10 ans que nous faisons partie de l’UE et, même après 10 ans, de nombreuses personnes considèrent notre pays comme un nouvel État membre. Après une décennie, ce n’est plus le cas. Nous devrions commencer à être plus impliqués au niveau européen, participer au processus de prise de décision », a-t-il ajouté.
Pour le conseiller du président roumain pour les Affaires européennes, et ancien commissaire européen, Leonard Orban, la Roumanie, « même si elle n’a pas un rôle très important, a un rôle ». « La Roumanie est, en général un pays très pro-européen. Ce nous voulons c’est la consolidation de l’UE, nous voulons renforcer et approfondir l’UE », a-t-il expliqué, ajoutant que cela était vu au niveau européen. « Cependant l’image du pays n’est pas la meilleure », a reconnu M. Orban. Selon lui, dix ans après l’adhésion, certains types de stéréotypes existent toujours dans les institutions européennes ou les États membres. « Quelquefois, il y a l’image que la Roumanie est un pays corrompu, avec des problèmes sur l’État de droit, le système judiciaire, qu’il s’agit d’un pays pauvre, que nous sommes rentrés trop tôt dans l’UE... », a-t-il énuméré, estimant que l’image du pays avait un impact sur le processus de prise de décision. « Certaines personnes sont plus dures avec nous qu’avec d’autres États membres », a-t-il regretté.
Et il y a du travail pour améliorer l’image du pays, mais aussi de ses politiques. Des manifestations ont lieu en Roumanie pour protester contre une réforme en cours du système judiciaire. 12 000 personnes sont encore descendues dans les rues de tout le pays le 10 décembre pour dénoncer la réforme qui, selon elles, remet en cause l'indépendance de la justice et les efforts de lutte contre la corruption. Mais, selon un journaliste en poste à Bucarest, les inquiétudes ne portent pas tant sur la loi en elle-même. En fait, la population n'a pas confiance en ceux qui l'ont rédigée. Le 11 décembre, la Chambre basse du Parlement roumain a adopté en première lecture cette loi qui modifie la supervision des magistrats et le processus de nomination des procureurs. (Camille-Cerise Gessant)