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Bulletin Quotidien Europe N° 10869
Sommaire Publication complète Par article 28 / 33
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) Égypte

Soutien UE « bien intentionné mais inefficace » (Cour des comptes)

Bruxelles, 18/06/2013 (Agence Europe) - Dans un rapport publié le 18 juin, la Cour des comptes européenne critique fortement l'aide versée par l'UE pour la promotion des domaines clés de la gouvernance en Égypte pendant les périodes qui ont précédé et suivi le soulèvement de janvier 2011, la considérant comme « bien intentionné mais inefficace ». « La méthode douce n'a pas fonctionné. Il est temps d'adopter une approche plus ciblée qui produira des résultats concluants et garantira une meilleure utilisation de l'argent du contribuable européen », a expliqué le responsable du rapport, Karel Pinxten. L'audit a été centré sur la gestion des finances publiques et la lutte contre la corruption mais aussi sur les droits de l'homme et la démocratie. « Le rapport comporte un grand nombre de constatations édifiantes qui montrent que l'aide de l'UE n'a pas permis d'améliorer efficacement la gouvernance », souligne le communiqué de la Cour.

Pour la période 2007-2013, l'UE a alloué environ 1 milliard d'euros à l'Égypte et plus de la moitié de ces fonds ont transité par le Trésor égyptien. La Cour des comptes reproche à la Commission et au Service européen pour l'action extérieure (SEAE) de ne pas s'être assurés que les autorités égyptiennes remédient aux faiblesses en matière de gestion des finances publiques, telles que « le manque de transparence du budget, l'inefficacité de la fonction d'audit et la corruption endémique ». Ils n'ont pas réagi à l'absence de progrès en prenant des mesures décisives afin de garantir l'obligation de rendre compte des importants volumes de fonds de l'UE qui ont continué d'être versés directement aux autorités égyptiennes, déplore aussi le rapport. Le document souligne aussi que « malgré les graves problèmes de corruption que connaît l'Égypte, l'aide de l'UE a peu contribué à combattre directement ce problème ».

Manque d'efficacité sur les droits de l'homme. Les évaluations en termes de droits de l'homme et de la démocratie ne sont pas meilleures, les interventions de l'UE dans ces domaines « n'ont amené que peu de progrès » et le principal programme sur les droits de l'homme a « dans une large mesure, été un échec ». Selon la Cour, la Commission et le SEAE n'ont pas utilisé les moyens financiers et politiques dont ils disposaient pour endiguer le manque d'engagement des autorités égyptiennes. Les fonds acheminés par l'intermédiaire des organisations de la société civile n'étaient pas suffisants pour faire une différence perceptible. Et pour la Cour, aucune nouvelle initiative de grande envergure pour régler les questions majeures des droits de l'homme n'a été lancée après la chute de Moubarak, et les mesures prises n'ont pour l'instant, pas d'incidence.

L'UE prend note du rapport, mais regrette qu'il ne soit pas plus juste. Le rapport souligne que la Commission et le SEAE ont accepté les recommandations de la Cour des comptes. « La Commission prend très au sérieux les constatations de la Cour des comptes », a souligné Peter Stano, le porte-parole du commissaire chargé de la politique de Voisinage, Stefan Füle, regrettant cependant que ses remarques n'aient pas été prises en compte. Il a précisé que depuis que la Haute représentante, Catherine Ashton, et M. Füle sont en poste, ils se sont lancés dans le réexamen de la politique de voisinage pour mieux répondre aux besoins des pays voisins, avec le principe du « plus pour plus ».

Dans une lettre commune à M. Pinxten du 30 avril dont EUROPE a obtenu copie, Mme Ashton et M. Füle prennent note du rapport et précisent que « la Commission et le SEAE sont heureux d'accepter bon nombre des recommandations faites par la Cour ». Mais ils regrettent « le caractère négatif de la plupart des titres et sous-titres, car ils ne reflètent pas réellement les observations les plus équilibrées de la Cour ». Mme Ashton et M. Füle qualifient ces titres et sous-titres de « trompeurs », « car ils ne prennent pas suffisamment en considération le contexte politique local et les efforts déployés pour établir un dialogue et la coopération sur les questions difficiles de la gouvernance, de la démocratie et des droits humains ». Ils considèrent aussi que les évolutions positives ne sont pas suffisamment reflétées dans le rapport de la Cour.

L'ADLE appelle Ashton et Füle à se justifier. Le président du groupe ADLE au Parlement européen, Guy Verhofstadt, a souligné que ce rapport prouve que « l'UE doit conditionner son soutien à l'Égypte ». « Or elle n'a suspendu son aide financière ni quand (le président Mohamed) Morsi s'est doté des pleins pouvoirs en novembre 2012, ni lorsque 43 employés d'ONG ont été condamnés à la prison. Cette inaction ridiculise la politique européenne des droits de l'homme », a-t-il dénoncé. Il a souhaité que Mme Ashton et M. Füle s'expliquent devant le Parlement. (CG)

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