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Bulletin Quotidien Europe N° 10869
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Politique étrangère et de défense: pour l'UE, tout est à recommencer

Politique européenne inexistante. Les faits confirment que le moment est arrivé pour l'Europe de se pencher sans réticences sur sa politique étrangère et sa politique militaire. Je poursuis la réflexion entamée dans le bulletin n° 10866. On sait que dans la région la plus chaude du monde, la Syrie et ses alentours, les positions des États membres continuent de diverger: la France réclame de plus en plus que des armes soient distribuées aux rebelles ; l'Autriche est en train de retirer son contingent de la force de l'ONU déployée dans une zone tampon entre Syrie et Israël, parce que l'extension du conflit syrien met en danger la sécurité de ses soldats ; on sait tous désormais que la décision (s'il est permis de l'appeler ainsi) des ministres européens des Affaires étrangères, permettant à chaque pays de l'UE qui l'estime opportun de distribuer des armes aux forces rebelles, sera effective à partir du 1er août. Une attitude uniforme de l'UE, qu'elle aille dans un sens ou dans l'autre, continue de ne pas exister. Qui oserait parler d'une politique étrangère commune ?

Préparation au Sommet de décembre. Quatre pays de l'UE - Italie, Pays-Bas, Pologne et Lituanie - ont établi un non-paper en faveur du renforcement du dialogue entre l'Union européenne et l'OTAN, amplement résumé dans notre publication bihebdomadaire Europe Diplomatie & Défense (n° 614). Selon ce document, le dialogue politique et stratégique, ainsi que la coopération concrète entre l'UE et l'OTAN, devraient être renforcés de quatre points de vue: a) le dialogue permanent ; b) la coopération, en vue de créer, le moment venu, un Conseil conjoint de coordination ; c) l'extension de la capacité de coopération, en y ajoutant des domaines nouveaux tels que, par exemple, l'énergie ; d) la préparation à la gestion des crises, impliquant des exercices conjoints. Et la coopération pourrait s'étendre, dans un contexte d'interaction civilo-militaire, à la sécurité et à l'efficacité énergétique, à un marché transatlantique de l'énergie, à la protection de l'environnement.

Cinq autres pays de l'UE - Autriche, Finlande, Grèce, Irlande et Slovénie - ont rédigé un document de réflexion sur la dimension civile de la gestion des crises qui demande que le Sommet de décembre n'oublie pas l'imbrication entre le militaire et le civil, dans les divergences notamment frontalières.

Ces initiatives indiquent que des groupes d'États membres (sans que leur composition soit explicable) s'interrogent ou formulent des suggestions, avec le regard déjà dirigé vers le Sommet européen ad hoc de la fin de l'année. Parfois, les États membres ne sont pas d'accord, chacun suivant sa politique nationale (le cas du conflit en Syrie est le plus évident) ; dans d'autres cas, après avoir agi ensemble, ils s'interrogent sur la validité de leur action, en essayant surtout d'en sortir.

Le cas afghan. L'exemple le plus significatif en ce sens est celui de l'Afghanistan, où la volonté de mettre fin à l'échec de l'intervention occidentale se concrétise. Dans une interview de la semaine dernière, le représentant spécial de l'UE à Kaboul, Vygaudas Usackas, a déclaré: « Aujourd'hui, les Afghans doivent être conscients qu'il n'y a plus de place pour l'autosatisfaction. On a beaucoup aidé ce pays, et l'attention se tourne vers la Syrie, le Moyen-Orient (…) Il y a une fatigue par rapport à ces onze ans de conflit ; en plus, l'Europe connaît des problèmes financiers…» Des financements significatifs sont encore prévus pour les sept prochaines années, mais avec une conditionnalité politique exigeante: élections transparentes, lutte contre la corruption, respect du droit des femmes, bases de développement économique (89% du budget afghan dépend de l'aide étrangère !). M. Usackas a aussi rappelé que la culture du pavot reste la principale ressource agricole du pays ; l'UE collaborera pour éradiquer le trafic de drogue qui en résulte et pour mettre en place des cultures alternatives. Mais le caractère conditionnel de l'aide future demeure la base.

Les programmes de retrait des États-Unis et de l'OTAN comme ensemble sont tout autant explicites.

Toutefois, les évènements ne correspondent pas toujours aux intentions: la semaine dernière, la représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, a dû déplorer un attentat à la voiture piégée à Kaboul qui a fait 15 morts et 40 blessés et a été revendiqué par les rebelles talibans. L'UE, et les États-Unis aussi, n'aspirent qu'à sortir de ce chaos (et de son coût).

Réflexion globale. La possibilité que Mme Ashton dépasse la tâche d'exprimer les regrets de l'Europe, ou son indignation selon les cas, pour jouer un rôle actif, va nous conduire à la troisième partie de ce tour d'horizon: la réflexion générale, en cours à plusieurs niveaux, concernant l'avenir de la politique étrangère et militaire de l'UE (qu'on appelle politique de défense pour être fidèle au principe selon lequel l'Europe ne prend d'initiatives militaires que pour se défendre). Ce sera la troisième partie de ce tour d'horizon.

(FR)

 

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