Bruxelles, 18/06/2013 (Agence Europe) - La voie à suivre par l'UE pour s'orienter vers une économie efficace dans l'utilisation des ressources est désormais plus concrète avec les recommandations politiques formulées lundi 17 juin par la Plateforme pour l'efficacité des ressources de l'UE, comme elle s'était engagée à le faire. Au-delà du manifeste que cette instance de haut niveau avait adopté en décembre 2012 pour appeler l'industrie, les travailleurs et la société civile à soutenir l'efficacité des ressources et le passage à une économie circulaire, ces recommandations à court terme, si elles sont suivies, ont vocation à créer de la croissance et de l'emploi, à fournir des incitants pour surmonter les obstacles à l'amélioration de l'efficacité des ressources, à donner aux ressources une véritable valeur, à fournir une information claire sur l'efficacité des ressources et à mesurer les progrès réalisés (par des rapports des industries et organisations sur leur performance environnementale et l'empreinte de leurs produits et services), ainsi qu'à promouvoir de nouveaux modèles industriels, soulignent les membres de la plateforme. Et de rappeler que, selon une étude récente, l'UE pourrait tout à fait réduire les besoins en ressources de son économie de 17% à 24%, stimuler le PNB et créer entre 1,4 et 2,8 millions d'emplois.
Pour ce faire, l'UE doit se fixer, dans les meilleurs délais, des objectifs ambitieux pour améliorer la productivité générale de l'économie européenne, se doter d'indicateurs pour mesurer les progrès vers ces objectifs (pour atteindre à l'horizon 2020 le découplage total entre les impacts environnementaux de l'utilisation des ressources et la croissance économique) et se doter d'indicateurs de progrès qui incluent (outre le carbone) les matériaux, l'eau et le sol dans le ration PNB/consommation de ressource. C'est la première recommandation de la plateforme, et non des moindres, a souligné lundi, Janez Potocnik commissaire européen à l'Environnement devant un petit groupe de journalistes à Bruxelles.
« Ce sont des questions fondamentales pour le développement futur de l'Europe, tant d'un point de vue économique que du point de vue de la compétitivité, et ce pour quatre raisons: 1) notre modèle de développement économique basé sur l'utilisation intensive des ressources ne peut s'étendre à l'ensemble de la planète, la planète ne le supporterait pas ; 2) depuis le début du siècle les prix de l'énergie ont augmenté de 300%, la sonnette d'alarme est tirée ; 3) compte tenu du coût des ressources et du coût du travail, le facteur productivité ne peut plus être ignoré ; 4) aucun continent au monde n'est plus dépendant des importations de ressources de l'UE qui sera bientôt dépendante à 80%. La question qui se pose à nous, c'est, comment garder une industrie en Europe. Nos recommandations sont les fondements d'une nouvelle politique industrielle », a expliqué le commissaire. Selon lui, les indicateurs - le facteur PNB/consommation de matières premières, mais aussi le facteur PNB/ consommation de ressources nationales et importées, que la plateforme privilégie - et les objectifs proposés pourront être utiles pour la surveillance dans le cadre du prochain Semestre européen et donner un nouvel élan (impetus) à cet exercice. « Si l'on pouvait intégrer ces deux indicateurs dans les décisions politiques, ce serait un grand pas », a estimé le commissaire.
La plateforme recommande aussi d'éliminer les subventions nuisibles pour l'environnement, de promouvoir un recyclage de haute qualité ; d'améliorer l'efficacité des ressources dans les relations entre les entreprises, notamment par l'établissement de principes pour l'élaboration de normes de ressources durables dans le cadre de systèmes volontaires (industrie/détaillants), et l'utilisation d'un passeport du produit comme la déclaration environnementale du produit ; d'établir un cadre fiscal et réglementaire cohérent à l'échelle de l'UE qui adresse les bons signaux aux producteurs et aux consommateurs pour l'offre et la demande de produits ayant un impact environnemental moindre tout au long de leur cycle de vie.
À la fin mars 2014, une autre réunion de la plateforme s'attachera aux questions qui n'ont pas encore été traitées, comme le comportement des consommateurs, l'éducation, le lien à établir avec les défis à l'échelle globale « pour une vision plus large encore des changements indispensables à opérer », a indiqué Janez Potocnik. À ses côtés, John Bruton, ancien Premier ministre irlandais et nouveau secrétaire exécutif de l'Agence européenne de l'Environnement (AEE) depuis le 1er juin, a enfoncé le clou: « Il n'y a pas de contradiction entre utiliser mieux les ressources et créer de l'emploi. L'un encourage l'autre. Pour recycler les produits il faut savoir ce qu'est le recyclage. La notion de passeport du produit, indiquant son contenu est une innovation de ce document », a-t-il dit. De l'avis de l'eurodéputée Sirpa Pietikäinen, (PPE, Finlande) ces recommandations « sont un premier pas modeste pour nous conduire vers le changement profond et holistique qui est urgemment requis pour répondre aux défis que pose la rareté des ressources, la dégradation de l'environnement et le changement climatique. Ce défi quasiment insurmontable auquel nous sommes confrontés requiert une action proportionnelle: un véritable changement dans la manière dont nous produisons et consommons, un changement de notre mode de vie, de transporter de penser. Ces recommandations nous indiquent la bonne direction ». Jo Leinen, (S&D, Allemagne) rappelle que « les ressources représentent aujourd'hui plus de 40% des coûts de production, il est donc dans l'intérêt de l'industrie et de l'environnement de gérer efficacement nos ressources ».
La plateforme pour l'efficacité des ressources réunit cinq commissaires européens, quatre députés européens, quatre ministres de l'Environnement de l'UE, sept PDG, des ONG, des représentants d'organisations internationales, de consommateurs et du milieu académique. (AN)