Une étape décisive de la révolution bancaire. L'accueil réservé au vote de mardi du Parlement européen sur la réforme bancaire prouve que l'opinion selon laquelle le moment actuel est positif pour la construction européenne gagne du terrain: je ne suis pas seul. Certaines forces politiques n'ont pas hésité à affirmer que cette réforme, que le PE avait auparavant négociée avec le Conseil, représente l'événement financier le plus important depuis le début de la crise mondiale en 2008. Notre bulletin n° 10828 a résumé la situation.
Les disciplines imposées aux banques, le plafonnement des bonus distribués aux spéculateurs, la transparence introduite dans l'activité bancaire, la bataille contre les paradis fiscaux: tout ceci est acquis et sera en grande partie opérationnel au début de l'année prochaine. L'effet est positif pour les banques elles-mêmes, qui pourront concentrer leur activité sur ce qui est utile pour tous: gérer l'épargne des citoyens pour financer l'économie réelle, y compris les petites et moyennes entreprises.
Une partie du PE aurait souhaité des mesures encore plus radicales ; d'ailleurs, d'autres initiatives vont suivre. Mais un progrès considérable est acquis: « Les banques dicteront moins la conduite de la démocratie », selon la formule du parlementaire Philippe Lamberts.
L'Allemagne avait affirmé auparavant la nécessité de changements institutionnels impliquant une révision du Traité pour progresser dans ces domaines. Mais la Commission européenne conteste cette thèse: si l'UE veut concrétiser l'union bancaire, elle doit le faire avec le traité actuel, que ce soit à propos de la restructuration des banques, la garantie des dépôts et les autres initiatives déjà en cours ou qui vont suivre.
Le monde de la finance, cause de tellement de déviations et injustices, se transforme sous nos yeux.
Une anomalie à corriger. Les évolutions citées consolident le chemin vers l'Europe à deux vitesses et imposent au Parlement européen de réfléchir une fois de plus aux répercussions sur son activité. La zone euro devient de plus en plus autonome: pourquoi les parlementaires élus dans un État membre qui n'en fait pas partie devraient-ils participer à sa gestion ? Le problème n'est pas nouveau, cette rubrique l'a déjà évoqué à plusieurs reprises. Ce qui est nouveau, c'est que les pays de l'euro estiment maintenant logique et évident que les parlementaires d'un État hors euro n'ont pas à voter sur des questions qui ne les concernent pas. Il semble effectivement étrange que, par exemple, les députés européens britanniques puissent déterminer la gestion de l'euro.
D'ailleurs les parlementaires eux-mêmes reconnaissent de plus en plus que c'est une anomalie. Mme Pervenche Berès, socialiste, tout en rejetant les politiques d'austérité, a demandé de « conférer à la zone euro une capacité budgétaire », ce qui serait étrange si cette capacité était soumise au vote de parlementaires élus ailleurs. Le PE est évidemment conscient de cette situation et la clarté s'impose.
Taxe Tobin: avantage ou désastre ? Les nouveaux efforts visant à enterrer la taxe Tobin, adoptée par onze pays de l'UE, ont quelque chose d'apocalyptique. On sait de quoi il s'agit: ces pays ont décidé de taxer, de manière assez modérée à première vue, les transactions financières. En France, six fédérations professionnelles (dont celle de l'industrie, des sociétés d'assurance, des banques, etc.) ont affirmé que cette taxe entraînerait dans leur pays un coût de 70 milliards d'euros et la perte à brève échéance de 30 000 emplois ! Et tout ceci sans aucun avantage en échange, car les rentrées fiscales de la taxe seraient une illusion.
Si j'ai bien compris, les experts de Bruxelles avaient évalué à 30 milliards d'euros le produit de cette taxe, dont 7 milliards pour la France. Les protestataires y voient par contre des dangers pour la croissance économique, le financement des entreprises, la souveraineté financière européenne, l'équilibre de la zone euro. Qui délire dans cette affaire ?
Citoyens russes qui deviendront chypriotes ? Le président de Chypre a offert aux Russes habitant dans l'île la faculté d'en devenir citoyens. C'est un geste visant à compenser ce que les Russes plus fortunés ont perdu dans les péripéties bancaires qu'on connaît, avec la taxe imposée aux dépôts dépassant les 100 000 euros. Ce n'est pas une compensation financière ; mais ce qu'on sait à propos de la vie des Russes installés à Chypre (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10814) permet de considérer que l'offre de Nicos Anastasiades pourrait rencontrer un certain succès.
(FR)