La Commission européenne a présenté, mercredi 4 mars, la 'Stratégie portuaire européenne'. Comme anticipé par Agence Europe (EUROPE 13800/1, 13820/1), celle-ci repose sur cinq piliers : la compétitivité, la durabilité, la sécurité, l’investissement et la cohésion sociale. C’est en partie sur ces piliers qu’eurodéputés et parties prenantes ont réagi.
« Nous allons pérenniser ces portes d'entrée vers l'Europe à long terme », a annoncé Apóstolos Tzitzikóstas, commissaire européen aux Transports et au Tourisme durables, en conférence de presse. En effet, ceux-ci facilitent environ 74% du commerce extérieur, traitant plus de 3,4 milliards de tonnes de marchandises et près de 395 millions de passagers chaque année.
« En nous appuyant sur le ‘Mécanisme pour l'interconnexion en Europe’ (CEF), les fonds de cohésion et InvestEU, nous soutiendrons nos atouts stratégiques en accordant une attention particulière aux besoins spécifiques des ports de petite et moyenne taille et de ceux qui desservent nos îles et nos régions ultrapériphériques. (...) Grâce au financement de l'UE, à l'aide consultative et aux partenariats public-privé, nous pouvons réduire les risques liés aux projets innovants », a-t-il ajouté.
Des attentes en termes de décarbonation et de souveraineté. Pour l’eurodéputée Isabelle Le Callennec (PPE, française), il conviendra de s’assurer que les projets de modernisation et d’adaptation aux défis soient éligibles aux 10 milliards d'euros annuels collectés avec le système d'échange de quotas d'émission (ETS) (EUROPE 13811/3), et que le chapitre 'compétitivité' du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) lui consacre des moyens substantiels. « À défaut, la stratégie ne restera que littérature », a-t-elle averti.
Son collègue Jens Gieseke (PPE, allemand) a insisté sur l’importance d’évaluer l'implication d'acteurs externes soutenus par des puissances étrangères, notamment la Chine, dans les actifs portuaires. « Nous avons besoin de garanties concrètes, d'un contrôle plus strict des investissements et d'un cadre européen cohérent qui protège nos infrastructures critiques », a-t-il considéré.
De son côté, Jeannette Baljeu (Renew Europe, néerlandaise) a appelé à investir dans les infrastructures, les systèmes numériques et les technologies propres afin de soutenir la mobilité militaire et la résilience des ports face aux menaces géopolitiques, cybernétiques et criminelles. Elle a également évoqué le besoin de décarbonation.
Sur ce point, l’Association internationale des compagnies de croisières (CLIA) a salué l’engagement de la Commission à donner la priorité au soutien au déploiement de l'alimentation électrique à quai (OPS) dans les ports, tant par rapport à l’électrification des ports qu’à la transparence dans la tarification de l’OPS.
Par ailleurs, le Conseil mondial de la marine marchande (World Shipping Council, WSC) s'est félicité de la reconnaissance de la nécessité de simplifier les exigences de l’ETS et du programme FuelEU Maritime (EUROPE 13746/5). Il a néanmoins estimé que les stratégies ne vont pas assez loin en matière de simplification des échanges commerciaux pour soutenir le programme de compétitivité de l'UE.
Plusieurs ONG environnementales - Seas At Risk, One Planet Port, Zero et International Fund for Animal Welfare (IFAW) - ont estimé que les deux stratégies (voir autre nouvelle) n'étaient pas à la hauteur des ambitions nécessaires pour protéger les mers de l'UE. Elles ont exhorté l'Europe à « renforcer la protection de la nature et des écosystèmes marins, à accélérer la mise en place de solutions 'zéro émission' et à intégrer pleinement les ports dans son cadre de gouvernance des océans ».
Lire la communication de la Commission : https://aeur.eu/f/l0i (Anne Damiani)