La Commission européenne a dévoilé, mercredi 4 mars, une stratégie industrielle pour l'industrie maritime de l'Union européenne qui vise à renforcer les capacités européennes de production de navires, à améliorer la compétitivité et la durabilité du secteur maritime et à promouvoir les synergies entre les segments civil et militaire.
Présentée en même temps que la stratégie portuaire (voir autre nouvelle), cette initiative s'appuie sur une position déjà forte de l'industrie européenne. Celle-ci produit en effet 97% des navires de croisière et 67% des brise-glace utilisés dans le monde et est en pointe sur les petits navires spécialisés.
Néanmoins, l'industrie de l'UE fait face à « des défis énormes » et « perd du terrain vis-à-vis des concurrents asiatiques », avait indiqué une source européenne, mardi 3 mars.
La Commission souhaite aider l'industrie à mettre à profit le potentiel de croissance que représentent des segments tels que les navires spécialisés (dragueurs, remorqueurs...), les équipements sous-marins (drones, câbles industriels...). L'accent sera mis également sur les moyens de propulsion moins polluants, comme les carburants alternatifs et la propulsion vélique, afin d'accélérer la décarbonation du secteur.
Pour promouvoir la compétitivité et la souveraineté européenne du secteur maritime, la Commission entend réunir l'industrie et les autorités publiques au sein d'une Alliance européenne pour le développement des chaînes de valeur industrielles. Cette alliance identifiera les possibilités d'investissement dans des secteurs clés et facilitera l'élaboration de 'feuilles de route' spécifiques.
Dans sa stratégie, l'institution de l'UE souhaite également promouvoir la décarbonation ainsi que la numérisation du secteur maritime. Pour y parvenir, elle annonce une simplification des règles et des procédures administratives ainsi qu'une promotion active des positions de l'UE au sein d'instances internationales telles que l'OMI.
Sera par ailleurs mis en place un dialogue avec les États membres sur les moyens de renforcer l'attractivité du pavillon communautaire dans un contexte de concurrence mondiale accrue, en s'appuyant sur l'encadrement des aides d'État au secteur maritime en vigueur depuis 2004 (EUROPE 8576/15).
Financements européens. L'accès aux financements constitue un enjeu majeur pour le maintien de la compétitivité du secteur maritime.
Dans sa stratégie, la Commission liste les instruments financiers déjà mobilisés : Mécanisme d'interconnexion européen (CEF), Fonds d'innovation, programme-cadre Horizon Europe. Les recettes générées par le système 'ETS' d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre pourront aussi servir à décarboner le secteur maritime, à travers le recours aux carburants propres.
En cours de négociation, le Fonds européen pour la compétitivité pourra, après 2027, soutenir le secteur pour accélérer l'intégration des technologies vertes et numériques et la production d'équipements à double usage, civil et militaire.
Sur ce dernier point, la Commission estime nécessaire de promouvoir la mobilité militaire en mettant en place un mécanisme de soutien à la construction dans l'UE de ferries à double usage, pouvant être déployés sur des routes stratégiques. Ce mécanisme permettra de mobiliser des ressources financières et de développer des normes techniques spécifiques avec les agences européennes compétentes (AED, AESM).
Réactions. « Compte tenu de l'instabilité géopolitique récente, la stratégie reconnaît le rôle stratégique du transport maritime pour la sécurité énergétique et la sécurité de la chaîne d'approvisionnement de l'Europe », a déclaré Sotiris Raptis, secrétaire général de l'Association européenne des armateurs (ECSA), dans un communiqué, rappelant qu'avec « 35% de la flotte mondiale », le transport maritime européen fait de l'UE « un leader dans les chaînes d'approvisionnement mondiales ». Il s'est félicité que la Commission ait « rejeté toute demande protectionniste » en donnant la priorité à l'investissement.
Accueillant favorablement l'initiative de la Commission, l'industrie européenne des croisières touristiques (CLIA) a estimé « essentiel que l’Europe préserve la compétitivité de ses chantiers navals, renforce les financements dédiés à la recherche et à l’innovation, garantisse l’accès aux carburants maritimes durables et maximise l’utilisation des recettes du système 'ETS' pour les réinvestir dans des projets de décarbonation du transport maritime », dans un communiqué.
Voir la communication de la Commission européenne : https://aeur.eu/f/l0e (Mathieu Bion, avec Solenn Paulic et Anne Damiani)