La présentation de l’Acte sur l’accélération industrielle (IAA) était attendue et a été largement commentée, mercredi 4 mars. Au Parlement européen tout d’abord, le groupe des Verts/ALE a salué une proposition « vitale » pour l’industrie de l’UE mais le 'Made in Europe' tel que proposé par la Commission « ne sera pas à la hauteur des défis », a déjà jugé la Belge Saskia Bricmont.
« La Commission a cédé à la pression du chancelier allemand Merz et a terriblement affaibli la notion de ‘Made in Europe’ censée soutenir la production européenne : des produits provenant de pays comme les États-Unis, le Vietnam ou Taïwan bénéficieront des mêmes avantages que le ‘Made in Europe’. C’est totalement absurde », a dit l’élue.
« Cette proposition, longtemps défendue par le groupe PPE, marque une étape importante pour l’avenir industriel de l’Europe », a souligné l’élu espagnol du PPE Raúl De La Hoz Quintano.
« L’Europe possède le talent, la technologie et la force industrielle. Nous devons agir dès maintenant pour créer le cadre adéquat afin que les entreprises choisissent de se développer, de créer des emplois et de produire ici, en Europe », a-t-il poursuivi.
Mais pour Christian Ehler, porte-parole allemand du groupe PPE pour l’industrie au PE, « il n’existe pas de solutions simplistes à des problèmes aussi complexes. Concrètement, une politique économique protectionniste n’est pas la solution à nos problèmes structurels ». L’IAA « constitue néanmoins un élément essentiel de la solution. Les marchés de pointe pour les produits verts et européens peuvent jouer un rôle déterminant dans le développement des secteurs innovants, et des conditions clairement définies pour les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques contribueront à corriger les inégalités d'accès aux marchés auxquelles les entreprises européennes sont confrontées à l'échelle mondiale ».
Acier. L’IAA ouvre la voie à des marchés pilotes « mais des efforts supplémentaires sont nécessaires pour soutenir l'acier vert 'Fabriqué en Europe' », a de son côté réagi EUROFER, représentant l’industrie sidérurgique de l’UE.
Cette législation vise « à créer des marchés pilotes pour les matériaux bas carbone dans des secteurs tels que les énergies propres, la mobilité et les infrastructures – une étape importante pour favoriser le déploiement à grande échelle des nouvelles technologies industrielles ».
Mais si cette proposition offre des bases encourageantes susceptibles de stimuler la demande d'acier bas carbone, « le signal de la demande reste limité ».
La proposition n'impose en effet pas que cet acier soit produit en Europe, regrette EUROFER.
Pour Eurochambres, les chambres de commerce de l'UE, « la lenteur et la complexité des procédures d'autorisation demeurent un frein majeur à l'investissement industriel en Europe. La proposition d'une procédure d'autorisation numérique unique répond à des demandes de longue date du monde des affaires. Toutefois, elle limite malheureusement les mécanismes relatifs à l'intérêt public supérieur et à l'approbation tacite aux projets de décarbonation et aux zones d'accélération industrielle. Il s'agit là d'une occasion manquée de faire de la simplification ».
Eurochambres demande aussi des éclaircissements sur le critère 'Fabriqué en Europe' dans les marchés publics, soulevant des questions relatives « aux coûts, aux exigences contraignantes pour les PME et aux règles du commerce international ».
Pour BusinessEurope, le texte « intervient à un moment crucial, alors que de nombreux secteurs industriels souffrent du déficit de compétitivité de l'économie européenne et des stratégies industrielles agressives et des pressions économiques exercées par certains pays tiers », mais si « cette proposition peut apporter des solutions, elle risque aussi de créer de nouveaux problèmes si elle n'est pas bien équilibrée et soigneusement élaborée ».
Malgré les efforts déployés pour en limiter la portée, « les dispositions relatives aux investissements directs étrangers (IDE) demeurent problématiques. Elles soulèvent des questions légitimes quant à la cohérence de cette proposition avec le nouveau règlement sur le contrôle des IDE et pourraient remettre en question l'attractivité de l'Europe pour les IDE ».
Pour la Confédération européenne des syndicats, l’IAA constitue une étape importante. « Une part plus importante des 2 000 milliards d'euros dépensés chaque année dans le cadre des marchés publics au sein de l'UE doit bénéficier aux entreprises européennes. Toutefois, l'attribution de marchés publics doit être conditionnée à la création d'emplois de qualité et au respect des conditions sociales par les entreprises concernées ».
Paris peu enthousiaste. Les ministres français chargés de l’Industrie et de l’Économie et des Finances, Sébastien Martin et Roland Lescure, se sont montrés plutôt mitigés. « L’introduction de la préférence européenne dans les secteurs industriels stratégiques est une rupture majeure, portée par la France (...). Néanmoins, ce n’est qu’un premier pas, car le compte n’y est pas ». Les avantages donnés à ceux qui produisent en Europe « doivent être clairement renforcés. Nous allons nous battre, avec nos homologues européens, pour muscler le texte, et répondre aux attentes de nos industriels et de nos salariés ». (Solenn Paulic)