Prévu pour être à l'ordre du jour du Conseil 'Affaires générales' mardi 16 décembre (EUROPE 13773/25) nouvelle), l'élargissement de l'Union fait l'objet de conclusions séparées qui doivent être validées par les ministres.
Le document - dont Agence Europe a pu se procurer une version datée du 10 décembre - salue les avancées substantielles de plusieurs candidats, au premier rang desquels le Monténégro et l’Albanie, tout en maintenant une ligne de stricte conditionnalité sur l’État de droit, la normalisation régionale et l’alignement sur la politique étrangère de l’Union.
Malgré cela, leur approbation pourrait relever de la gageure. Selon un haut fonctionnaire européen, le texte est bloqué par la Hongrie, qui refuse toujours d'accepter l'avancée de l'Ukraine. Sans validation par les Vingt-Sept, ces conclusions pourraient devenir de simples conclusions de la Présidence danoise du Conseil de l'UE.
Le projet de conclusions mentionne à ce stade la nécessité de conserver une politique d'élargissement « fondée sur le mérite et crédible », soulignant que les progrès des pays candidats « continueront d'être évalués sur la base d'une conditionnalité équitable et rigoureuse et de leurs mérites propres – il s'agit d'une pierre angulaire des négociations d'adhésion, s'articulant autour de l'État de droit, de la démocratie et des droits fondamentaux ».
Il ajoute que le plein alignement sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l'UE reste un aspect essentiel du processus d'intégration à l'UE, attendant de tous les partenaires qu'ils s'alignent pleinement, y compris en ce qui concerne les mesures restrictives.
Le Conseil devrait cependant saluer le fait que plusieurs pays candidats ont réalisé des avancées et des progrès significatifs en 2025 « malgré les défis importants posés par la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine et par la poursuite de ses activités hybrides ».
Balkans occidentaux. À ce stade, l'Albanie et le Monténégro sont les deux pays candidats les plus proches de l'intégration. Le projet de conclusions mentionne par ailleurs la possibilité de voir « la création d'un groupe ad hoc pour la rédaction du traité d'adhésion du Monténégro » avant la fin de l'année.
Critiquée pour ses liens avec Moscou, la Serbie et son dirigeant, Aleksandar Vučić, irritent de plus en plus au niveau européen (EUROPE 13771/23). Le Conseil devrait rappeler que la volonté d’adhésion doit se traduire en actes et discours et réaffirmer que l'Union attend fermement que Belgrade s'aligne complètement sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l'UE, avec comme priorité absolue les mesures restrictives à l'encontre de la Russie et de la Biélorussie.
Concernant la Bosnie-Herzégovine, dont la dynamique de réforme du pays est au point mort, le Conseil devrait réitérer ses appels à tous les acteurs politiques à recentrer les efforts du pays sur la poursuite du processus d'adhésion à l'UE et à mettre en œuvre les réformes nécessaires.
Quant à la Macédoine du Nord, le Conseil devrait rappeler que la condition centrale à la poursuite des négociations d'adhésion reste la révision constitutionnelle, toujours inachevée.
Voisinage oriental. Pour l'Ukraine et la Moldavie, le processus d'examen analytique ayant été mené à bien en temps, le Conseil devrait rappeler qu’il mène actuellement des travaux en vue de préparer les prochaines étapes. « Le Conseil attend avec intérêt l'ouverture sans tarder du groupe ('cluster') de chapitres ‘Fondamentaux’ avec les deux candidats », ajoute-t-il, alors que la Hongrie bloque toujours l’ouverture du premier groupe pour l’Ukraine, ce qui bloque l’avancée de la Moldavie par ricochet.
Mardi, Marie Bjerre, la ministre des Affaires européennes danoise, au nom de la Présidence du Conseil de l'UE, a annoncé qu’elle allait transmettre à Chișinău des « orientations détaillées sur les exigences à remplir » concernant trois groupes de chapitres : les droits fondamentaux, le marché unique et les relations extérieures. « Grâce à cela, la Moldavie pourra poursuivre son étroite coopération avec l'UE sur son programme de réformes », avant l’ouverture officielle de ces 'clusters', a-t-elle expliqué.
Le Conseil rappelle en outre que le processus d'adhésion de la Géorgie à l'UE est « au point mort » tant que les autorités ne feront pas preuve d'un « engagement résolu » à inverser la tendance et à revenir sur la voie de l'adhésion à l'UE.
Turquie. Le Conseil rappelle que la Turquie « reste un pays candidat et un partenaire important dans de nombreux domaines d'intérêt commun », mais que les négociations d’adhésion sont « au point mort » et « qu'il ne peut être envisagé d'ouvrir ou de clôturer de nouveaux chapitres ».
Le Conseil précise que l’UE est prête à poursuivre le dialogue avec Ankara dans des domaines d'intérêt commun de manière progressive, proportionnée et réversible, conformément aux conclusions du Conseil européen d'avril 2024 et sous réserve de conditions établies (EUROPE 13393/5).
Voir le projet de conclusions : https://aeur.eu/f/K05 (Isalia Stieffatre et Camille-Cerise Gessant)