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Bulletin Quotidien Europe N° 13735
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DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ / Interview droits fondamentaux

Droits des personnes handicapées - selon Sophie Hæstorp Andersen, toute politique doit systématiquement inclure l’accessibilité dès sa conception

Lors du Conseil ‘Emploi, Politique sociale, Santé et Consommateurs’ (‘EPSCO’) du 17 octobre (EUROPE 13733/1), les ministres européens ont adopté des conclusions sur l’autonomie de vie et l’inclusion des personnes handicapées, à mi-parcours de la stratégie 2021-2030 de l’UE. La ministre danoise des Affaires sociales et du Logement, Sophie Hæstorp Andersen, qui a présidé la session, nous a détaillé ses priorités et les prochaines étapes pour garantir les droits fondamentaux de plus de 100 millions de citoyens concernés (propos recueillis par Nithya Paquiry). 

Un adulte sur quatre dans l'UE est en situation de handicap (https://aeur.eu/f/j2a ), mais ses droits fondamentaux restent entravés dans de nombreux aspects de la vie quotidienne. Pourquoi les progrès sont-ils encore si lents malgré la Convention des Nations unies de 2006, la stratégie de l'UE 2021-2030 et les engagements nationaux répétés ?

Sophie Hæstorp Andersen : Trop souvent, les personnes handicapées voient leurs droits fondamentaux limités dans la vie quotidienne. Or, l'autonomie de vie n’est pas seulement un concept, c’est un droit. Nous sommes à mi-parcours de la stratégie de l'UE et le moment est venu d'agir. 

S'agit-il principalement d'une question de ressources, de volonté politique ou de la façon dont nos sociétés perçoivent encore le handicap ?

Tout est toujours une question d'investissement. Passer de l'institutionnalisation à l'autonomie nécessite des logements abordables. Cela est étroitement lié au débat plus large de l'UE sur le logement (dans son discours sur l'état de l'Union de septembre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a confirmé faire du logement abordable une priorité de son deuxième mandat. NDLR).

Bien sûr, chaque pays doit agir au niveau national, mais je pense également que l'UE explore de nouvelles façons de soutenir les investissements. Il n'y a pas de solution miracle, mais nous devons continuer à aller de l'avant.

Une personne handicapée sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté (selon Eurostat en 2023. NDLR). Comment l'UE peut-elle briser ce cercle vicieux d'exclusion ?

En créant des emplois dans toutes les régions de l'UE, et pas seulement dans les villes. Lorsque les gens s'installent dans les villes, ils sont confrontés au coût de la vie qui ne cesse d'augmenter.

Partout en Europe, nous sommes confrontés à une pénurie de main-d'œuvre.

C'est une occasion en or : si les personnes handicapées ont un meilleur accès à une vie indépendante, à l'éducation et à l'emploi, elles peuvent s'intégrer pleinement dans nos sociétés. Cela serait bénéfique non seulement pour elles, mais aussi pour l'Europe dans son ensemble, car cela nous aiderait à trouver des solutions au manque de main-d'œuvre.

Au Danemark, nous travaillons sur un plan d'action avec des organisations de personnes handicapées afin de garantir un soutien continu et que ces personnes puissent intégrer le marché du travail. Beaucoup d'entre elles veulent et peuvent travailler. Nous devons leur en donner la possibilité.

La politique en matière de handicap apparaît comme consensuelle. On pense par exemple aux négociations sur la carte européenne du handicap, qui ont été moins controversées que d'autres débats sur les droits fondamentaux. Mais ce consensus ne crée-t-il pas parfois un faux sentiment de sécurité et ne ralentit-il pas les progrès ?

Je conviens qu'il est difficile de maintenir le handicap en tête des priorités politiques. Même si nous parlons d'inclusion et de lutte contre la discrimination, d'autres questions - la sécurité, l'Ukraine, la politique étrangère, la criminalité - occupent souvent le devant de la scène.

C'est pourquoi la Présidence danoise a insisté pour placer cette question au centre de l'ordre du jour d'aujourd'hui.

Les organisations de la société civile dénoncent le manque de représentation des personnes handicapées et, parfois, l'accès limité à l'information sur leurs droits. Comment renforcer leur participation à la prise de décision ?

L'une des principales réponses est l'intégration. Chaque fois que nous élaborons des politiques - dans les domaines des transports, de l'éducation, de l'emploi, du logement -, nous devons systématiquement inclure l'accessibilité. Bien sûr, la sensibilisation aux droits est essentielle.

Mais le véritable changement intervient lorsque tous les décideurs politiques, au niveau national et européen, intègrent le handicap dès le départ.

Près de 30% des femmes handicapées dans l'UE, selon le Forum européen des personnes handicapées, sont confrontées à de multiples formes de discrimination et de violence. Comment cette dimension intersectionnelle peut-elle être mieux reflétée dans les politiques de l'UE ?

Nous avons accordé une attention particulière aux femmes et aux filles handicapées dans nos conclusions. Elles sont plus exposées à la violence et aux agressions sexuelles. Nous savons également que les femmes sont souvent les aidantes informelles de leurs proches handicapés, ce qui représente une double charge à laquelle il faut remédier.

Ce n'est pas une tâche facile, mais nous devons réduire les inégalités et garantir l'égalité des chances.

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