Les ministres européens chargés de l’Égalité, réunis vendredi 17 octobre à Luxembourg dans le cadre d'un Conseil 'Emploi, politique sociale, santé et consommateurs’ (‘EPSCO’), ont rouvert l’épineux sujet de la notion de consentement dans la lutte contre les violences sexuelles.
Dans une interview accordée à Agence Europe - à paraître lundi 20 octobre -, le ministre danois de l'Environnement et de l'Égalité des genres, Magnus Heunicke, a regretté que la directive de 2024 n’ait pas intégré une définition européenne du viol fondée sur le consentement. Il s'est pourtant félicité des avancées nationales : « De nombreux pays ont, ces trois à cinq dernières années, introduit cette définition » et les données montreraient qu’il n’y a pas eu de décisions de justice iniques, « ni au Danemark, ni dans les autres pays ».
Selon lui, il faut « beaucoup plus d’actions » pour transformer cette norme en sécurité réelle pour les femmes, et ce, dès la transposition de la directive en 2027.
À l’issue du Conseil, la commissaire à l’Égalité, Hadja Lahbib, a appelé à maintenir la mobilisation en dépit du retour de bâton à l’égard des droits des femmes.
« Nous sommes dans une période de notre histoire où on a l’impression qu’on avance en reculant. (…) Il n’est pas question de retour en arrière », a-t-elle affirmé en conférence de presse.
Elle a rappelé que la défense des droits des femmes, la lutte contre les violences sexuelles et l’attention aux « zones grises » du consentement font partie des priorités de la future 'stratégie européenne post-2025'.
La commissaire a également évoqué la lutte contre les stéréotypes de genre, présentée par l’Institut européen pour l’égalité (EIGE). Ceux-ci « influencent profondément notre vie, parfois de manière extrêmement vicieuse, dès les premières années », a-t-elle affirmé, rappelant qu’« une femme sur trois dans l’UE » a subi des violences physiques, des menaces ou des violences sexuelles au cours de sa vie (EUROPE 13537/21).
Les ministres ont évoqué l’éducation, le contrôle de l’accès à la pornographie et l’encadrement de l’intelligence artificielle.
Des conclusions adoptées pour mettre en œuvre la directive de 2024. Les ministres ont également adopté des conclusions pour améliorer la prévention, la détection précoce et l’intervention en matière de violences faites aux femmes et de violences domestiques ainsi que pour une meilleure application de la directive contre les violences sexistes et domestiques, première norme européenne en la matière, entrée en vigueur en 2024 (EUROPE 13431/33).
Le Conseil appelle à former davantage les professionnels, à sensibiliser la population et les témoins, à protéger les enfants exposés, à promouvoir l’autonomisation économique des femmes et à améliorer la collecte de données.
« Aujourd’hui, nous sommes convenus de renforcer la prévention, la détection précoce et l’intervention (…). Chacun a un rôle à jouer pour briser le silence », a expliqué Magnus Heunicke.
Les conclusions appellent également à impliquer davantage les hommes et les garçons, qui peuvent également être victimes tant de violences que de stéréotypes. Il s'agit d'intégrer ces priorités dans la 'stratégie européenne pour l’égalité post-2025'.
Les conclusions : https://aeur.eu/f/j1a (Nithya Paquiry)