Parmi les données statistiques nationales, les féminicides demeurent encore bien trop peu visibles. Tel est le constat de la note d’orientation publiée lundi 14 juillet par l’Institut européen pour l’égalité de genre (EIGE) pour l’amélioration de la collecte des données administratives nationales sur les féminicides dans l’Union européenne.
D’après le document, les services de police de 22 États membres ont enregistré, en 2022, 1 231 femmes tuées, dont 678 dans le cadre de violences domestiques, selon les données de 18 pays ; ce qui correspond à près de 13 femmes chaque semaine.
Aussi, 484 de ces femmes ont été assassinées par leur partenaire, d’après les données de 17 États membres, soit environ 10 par semaine. Ainsi, en 2022, les femmes représentaient la majorité des victimes d'homicides commis par un partenaire intime (87%) et d'homicides domestiques (60%), mais seulement 42% des victimes d'homicides, tous auteurs confondus.
Surtout, la note souligne que seuls 11 États membres ont été en mesure de fournir, pour chaque année entre 2018 et 2022, des données complètes sur les homicides et leur contexte (le sexe de la victime et de l’auteur, la nature de leur relation).
C’est-à-dire que seuls ces 11 pays ont collecté des données suffisamment détaillées pour identifier de manière fiable les cas de féminicide au cours de cette période.
Par ailleurs, on notera que ces chiffres ne couvrent qu’une partie du problème. Et pour cause : les meurtres commis en dehors du cercle intime ou familial sont rarement identifiés comme des féminicides en raison de l’absence d’une définition juridique commune.
L’EIGE recommande donc l’adoption d’une telle définition dans l’ensemble des États membres, conformément à la directive contre les violences sexistes et domestiques, entrée en vigueur en juin 2024 (EUROPE 13431/33).
Certains pays ont déjà amorcé un changement. Ainsi, la pionnière en la matière, l’Espagne, classe les féminicides selon différents contextes et intègre aussi les enfants tués dans un contexte de violence sexiste.
La Belgique a adopté le 29 juin 2023 une loi pour lutter contre les féminicides et qui prévoit, en ce sens, la publication annuelle de statistiques officielles et des recommandations politiques régulières.
La Croatie, Malte et Chypre ont inscrit le féminicide comme un crime distinct dans leur code pénal. En Italie, un projet de loi allant dans ce sens a été approuvé en mars dernier.
Mais ces initiatives sont, selon l’EIGE, encore trop peu nombreuses et isolées. Une harmonisation des pratiques et des outils de suivi, à l'échelle de l'UE, apparaît donc indispensable.
Lire la note d'orientation (en anglais) : https://aeur.eu/f/hxx (Nithya Paquiry)