La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé, dimanche 9 mars, qu'elle réunirait prochainement un « Collège de sécurité » ('security College') au cours duquel les vingt-sept commissaires européens échangeront sur les enjeux transversaux de sécurité auxquels l'Union européenne est confrontée.
« Dans les prochaines semaines, je convoquerai le tout premier 'Collège de sécurité' afin de garantir que les membres du Collège reçoivent des mises à jour régulières sur les évolutions dans le domaine de la sécurité », a déclaré Mme von der Leyen, en faisant le point devant la presse sur les 100 premiers jours de son mandat. Seront évoqués lors de ces réunions, qui seront conviées autant de fois que nécessaire, la sécurité extérieure et intérieure, l'énergie, la défense et la recherche, le commerce international et les ingérences étrangères.
Selon Mme von der Leyen, ce n'est qu'en ayant « une compréhension claire et en profondeur des menaces » que la Commission sera en mesure d'agir pour « contribuer à la sécurité collective ».
Mme von der Leyen a promis d'agir vite et de présenter, avant le Conseil européen des jeudi 20 et vendredi 21 mars, les propositions législatives visant à concrétiser le paquet 'REARM Europe' qu'a validé le Conseil européen, jeudi (EUROPE 13594/1). Elle a été questionnée plusieurs fois sur la possibilité d'explorer d'autres pistes de nature publique que l'octroi de prêts aux États membres garantis sur le budget de l'UE pour financer les investissements dans le domaine militaire. « Aucune option n'est écartée », a-t-elle assuré, soulignant que toute décision reviendra in fine aux États membres.
Une option validée par les Vingt-sept concernent l'activation de la 'clause dérogatoire nationale' afin de permettre à un État qui le souhaite de déroger aux règles du Pacte de stabilité et de croissance pour faire face à des circonstances exceptionnelles (EUROPE 13580/6). Cette clause sera activée « de façon très contrôlée, proportionnée et temporaire » et dépendra fortement de la situation propre à chaque pays, a affirmé la dirigeante. Néanmoins, accroître les investissements dans la défense jusqu'à 1,5% du PIB national permettrait de dégager des « sommes colossales », a-t-elle ajouté.
Lundi 10 mars, le porte-parole de la Commission chargé des questions budgétaires, Balazs Ujvari, a évoqué une réflexion en cours au sein de l'institution sur l'activation de la 'clause dérogatoire nationale' du Pacte sur une durée de « quatre ans ».
États-Unis. Interrogée sur l'évolution des liens transatlantiques - alors que l'administration Trump revient sur l'aide américaine à l'Ukraine, se rapproche du Kremlin, soutient ouvertement l'extrême droite europhobe en Europe et s'apprête à lancer une guerre commerciale visant l'UE -, Mme von der Leyen a admis que des engagements historiques résistants à toute épreuve étaient ébranlés et que les valeurs fondamentales de l'UE - la démocratie, la liberté, l'État de droit - étaient « menacées », sans nommer directement le président américain.
En aucun cas, a-t-elle toutefois estimé, il ne conviendrait de réduire les risques d'une exposition de l'UE aux États-Unis, à l'instar de ce que l'UE fait dans ses relations avec la Chine, les relations qu'entretiennent les Européens avec ces deux principales puissances étant « complètement différentes ». Les États-Unis demeurent nos « alliés », a-t-elle souligné.
Face aux vives incertitudes géopolitiques, la présidente de la Commission a ainsi présenté l'Union européenne comme un continent « ouvert » et prêt à nouer des partenariats politiques et économiques partout dans le monde. En témoignent les discussions ravivées avec l'Inde (EUROPE 13590/1) ou finalisées avec le Mercosur. « Nous offrons de la stabilité et de la prévisibilité, des éléments précieux à notre époque », a-t-elle fait valoir.
Sur la compétitivité économique, autre axe prioritaire de la Commission 'von der Leyen II', la dirigeante européenne a listé les chantiers lancés pour stimuler la compétitivité tout en décarbonant l'économie, comme le 'Pacte Industrie propre' (EUROPE 13588/1). D'autres dialogues stratégiques suivront ceux menés avec les secteurs agricole, automobile et l'industrie sidérurgique, a-t-elle annoncé. Et de promettre d'agir vite et fermement pour réduire la charge administrative, sans renier l'engagement de l'UE à atteindre la neutralité climatique en 2050.
Par ailleurs, Mme von der Leyen a indiqué que l'institution de l'UE présenterait, courant mars, ses propositions visant à mettre sur pied une 'Union de l'investissement et de l'épargne'. Et de considérer comme « une nécessité absolue » la suppression des importations de gaz russe dans l'UE.
Voir la déclaration introductive de Mme von der Leyen : https://aeur.eu/f/ftn (Mathieu Bion)