Deux jours après la présentation du rapport de Mario Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne (EUROPE 13478/1), la Commission européenne a dévoilé, mercredi 11 septembre, son rapport sur l’état de l’Union de l’énergie 2024. Elle reconnaît ainsi le travail législatif accompli pour favoriser la transition énergétique de l’UE à la suite de l’invasion de la Russie en Ukraine, mais souligne également les défis persistants liés aux prix élevés de l’énergie et à la sécurité d’approvisionnement.
« Nous avons fait beaucoup au cours de ce mandat pour faire baisser les prix par rapport au pic de 2022, mais nous devons maintenant nous attaquer aux problèmes structurels », a déclaré la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson.
Déploiement des énergies renouvelables. Selon le rapport, il reste nécessaire de faire face à « la forte dispersion des prix de l'électricité industrielle dans l'UE par rapport à des pays comme les États-Unis et la Chine » et, en particulier, de déployer de façon encore plus importante les énergies renouvelables.
« Nous voyons les premiers signes en 2024 que la base de déploiement des énergies renouvelables n'augmente pas aussi vite qu'elle le devrait et nous avons besoin d'un nouvel élan pour atteindre les 42,5% convenus d'ici 2030 », a expliqué Mme Simson.
Le rapport souligne qu'en 2022, trois pays (la France, l'Irlande et l'Autriche) avaient une part encore inférieure à leur objectif contraignant en matière d'énergies renouvelables pour 2020, fixé par la directive sur les énergies renouvelables (EUROPE 13296/32). En outre, plusieurs États membres n'ont pas atteint leur point de référence pour l'année 2022.
Le rapport suggère ensuite - tout comme les recommandations du rapport Draghi - d’investir massivement dans l’infrastructure de réseau, en particulier pour soutenir l’électrification de l’UE (EUROPE 13479/13).
D’autres défis consistent à réduire davantage les importations de combustibles fossiles, à favoriser la production domestique d’énergie propre, mais également à soutenir le système énergétique ukrainien, en proie à des attaques russes répétées.
La commissaire Simson a également reconnu qu’il restait du travail à accomplir au sein de la stratégie REPowerEU pour une sortie définitive de la dépendance à l'égard du gaz russe - ce dernier n'étant pas directement soumis aux restrictions de l'UE (EUROPE 13438/3) et représentant encore 18% des importations.
Fin de l’accord de transit via l'Ukraine. Interrogée spécifiquement sur la fin de l’accord de transit de gaz russe via l’Ukraine à la fin de l’année (EUROPE 13477/4), Mme Simson a affirmé qu’il n’était « pas nécessaire de trouver un nouveau moyen de prolonger les échanges avec Gazprom. D'autres sources d'approvisionnement sont disponibles ».
C’est notamment le cas du gaz venant de Norvège, devenu principal fournisseur de l’UE, ou encore du gaz azerbaïdjanais amené par gazoduc via la Turquie. À l'avenir, ce dernier pourrait également transiter par l’Ukraine.
Toutefois, la commissaire a expliqué que l’UE ne prenait pas part à ces discussions et a rappelé que la stratégie REPowerEU demandait « une sortie, la plus rapide possible, des combustibles fossiles russes ».
Selon Mme Simson, il n’est donc pas nécessaire de trouver des routes alternatives pour le gaz naturel russe, mais bien des sources d’approvisionnement différentes, telles que celles favorisées par l’instrument d’agrégation de la demande de gaz AggregateEU (EUROPE 13360/21).
Plans nationaux Énergie-Climat. Le rapport appelle également les États membres à soumettre la version finale de leur plan national Énergie-Climat (PNEC) afin d’évaluer l’atteinte des objectifs énergétiques et climatiques à l’horizon 2030.
Plus de deux mois après l’échéance fixée (EUROPE 13464/5), seuls 10 pays ont remis leur copie (le Danemark, la Finlande, la France, l'Allemagne, l'Irlande, l'Italie, la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède).
La mise en place de ces plans découle du règlement sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique, dont un rapport sur le fonctionnement a également été publié par la Commission européenne le 11 septembre.
Ce document indique que le règlement a amélioré la planification stratégique - nécessaire pour atteindre les objectifs à l'horizon 2030 et ouvrir la voie à la neutralité climatique d'ici 2050 -, mais qu’il existe encore « des différences considérables dans la portée et la qualité des plans et des stratégies des États membres ».
De plus, les évaluations précédentes des PNEC démontrent que beaucoup d’entre eux manquent d'estimations solides de l'impact macroéconomique des politiques et mesures prévues.
Enfin, le document reconnaît la nécessité d’assurer que les plans soient soumis dans les délais impartis.
Pour voir le rapport sur l’état de l’Union de l’énergie : https://aeur.eu/f/den
Pour voir l’évaluation du règlement sur la gouvernance : https://aeur.eu/f/de7 (Pauline Denys)