Quelques jours après leur Conseil européen extraordinaire sur le Proche-Orient, les dirigeants européens devraient se pencher de nouveau sur le sujet et examiner les progrès réalisés dans différents volets d'action et le suivi de la situation.
Dans sa lettre d’invitation, le président du Conseil européen, Charles Michel, estime que les dirigeants devraient « d'abord discuter de la manière de garantir d'urgence l'acheminement efficace de l'aide humanitaire et l'accès aux besoins les plus élémentaires ».
Selon un projet de conclusions du 24 octobre – conclusions qui font l’objet de « discussions difficiles », selon un haut fonctionnaire européen -, le Conseil européen pourrait appeler à une pause humanitaire dans le conflit.
« Le Conseil européen se déclare extrêmement préoccupé par la détérioration de la situation humanitaire à Gaza et demande qu'un accès humanitaire continu, rapide, sûr et sans entrave soit assuré et que l'aide parvienne à ceux qui en ont besoin par le biais de toutes les mesures nécessaires, y compris une pause humanitaire », précise le projet de conclusions.
La notion de 'pause(s) humanitaire(s)' - au singulier ou au pluriel - pourrait faire débat entre les dirigeants. Lundi 23 octobre, lors du Conseil 'Affaires étrangères', les ministres n’avaient pas réussi à se mettre d’accord (EUROPE 13277/1).
Alors que la ministre allemande Annalena Baerbock a fait part, mardi, de la possibilité d’une « fenêtre humanitaire », la République tchèque et l’Autriche - dont les dirigeants étaient ce mercredi en Israël - seraient les plus réfractaires à cette notion.
Plusieurs sources européennes ont précisé que le plus important, plutôt que les mots, est de faire passer le message qu’il faut que l’aide humanitaire puisse arriver à la population. « Ce qui est important est l’accès humanitaire et d’aider ceux qui en ont besoin », a résumé un haut fonctionnaire européen, ajoutant que « la manière dont vous y parvenez est le point de rencontre entre vos valeurs et la réalité ». « Il y a beaucoup de travail sur la manière de combiner un accès sans obstacle et continu à l’aide humanitaire, l'eau, l'électricité, les soins, sans que ce soit contradictoire avec le droit d’Israël de lutter contre les terroristes. C’est cette formule qui est recherchée - ce n'est pas simple - et cela a mené au débat actuel, mais qui ne veut pas dire qu'il y a un désaccord de fond », a expliqué un diplomate européen. Il a ajouté que les Européens construisaient les conclusions à partir de ce qui a été dit dans la déclaration de l'UE a l'occasion du Conseil de sécurité des Nations Unies la veille, sur le besoin de pauses et de corridors humanitaires.
Une source diplomatique s'est inquiétée du fait qu'une pause humanitaire pourrait permettre au Hamas de récupérer ce dont il a besoin et d'attaquer à nouveau Israël dans l'avenir. Elle a rappelé que le Hamas continuait d'envoyer des roquettes sur Israël.
De plus, selon le projet de conclusions, l’UE travaillera en étroite collaboration avec ses partenaires dans la région pour protéger les civils, soutenir ceux qui tentent de se mettre à l'abri ou pour fournir une assistance et faciliter l'accès à la nourriture, à l'eau, aux soins médicaux, au carburant et aux abris, selon le Conseil européen. « Comment peut-on faire une différence pratique » pour aider à l’arrivée de l’aide humanitaire ? - s’est interrogé un fonctionnaire européen.
Les dirigeants pourraient aussi condamner « avec la plus grande fermeté » toutes les violences et hostilités à l'encontre des civils.
Le projet de conclusions réaffirme aussi la déclaration des dirigeants du 15 octobre et réitère la condamnation européenne la plus ferme du Hamas pour ses attaques terroristes brutales et aveugles en Israël. « L'utilisation de civils comme boucliers humains par le Hamas est une atrocité particulièrement déplorable », devrait préciser le Conseil européen, qui devrait également appeler à la libération immédiate de tous les otages, sans aucune condition préalable.
Les chefs d'État ou de gouvernement devraient également souligner « avec force » le droit d'Israël à se défendre conformément au droit international et au droit humanitaire international. Ils pourraient discuter de l’idée du président français d’une coalition anti-Hamas sur le modèle de la coalition anti-Daech.
Les dirigeants devraient aussi discuter des moyens d’éviter un embrasement de la région. Dans sa lettre d’invitation, M. Michel souhaite que les Européens s’engagent « dans un front uni et cohérent avec leurs partenaires, pour éviter une dangereuse escalade régionale du conflit ». Selon le projet de conclusions du sommet, le Conseil européen devrait rappeler « la nécessité d'éviter une escalade régionale et de coopérer avec les partenaires à cet égard, y compris avec l'Autorité palestinienne ».
Il pourrait en outre rappeler que l’UE est prête à contribuer à la relance d'un processus politique sur la base de la solution des deux États, y compris par le biais de l'effort de la Journée de la paix, initiative lancée en septembre par le Haut Représentant de l’UE (EUROPE 13253/30). « L’UE se félicite des initiatives diplomatiques telles qu'un sommet de la paix ouvert à tous, dont l'Égypte a pris l'initiative », ajoute le projet de conclusions.
Voir le projet de conclusions du Conseil européen daté du 24 octobre: https://aeur.eu/f/99d (Camille-Cerise Gessant, avec la rédaction)