Alors que les ministres des Affaires étrangères se sont montrés divisés, lundi 23 octobre, sur un appel à un cessez-le-feu humanitaire ou une pause humanitaire à Gaza, les dirigeants européens pourraient, jeudi 26 octobre, soutenir l'appel du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, « pour une pause humanitaire afin de permettre un accès humanitaire sûr et que l'aide atteigne ceux dans le besoin », selon un projet de conclusions du Conseil européen daté du 22 octobre.
À l'issue du Conseil 'Affaires étrangères' tenu à Luxembourg, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a estimé que « les ministres ont bien compris qu’une pause est nécessaire pour aider l’humanitaire, sinon l’aide humanitaire sera une cible, une victime des activités militaires ». Il a ajouté qu'il appartiendrait au Conseil européen de définir la position de l’UE sur le sujet.
Le Haut Représentant a estimé qu'une pause humanitaire était nécessaire pour permettre à l'aide humanitaire d'arriver à Gaza et d'être distribuée, mais aussi pour aider au retour des otages israéliens.
À leur arrivée au Conseil, les ministres étaient divisés sur une telle pause ou un cessez-le-feu. Plusieurs ministres y ont apporté leur soutien. « Le degré de souffrance - des civils innocents à Gaza souffrent - n'est pas du tout acceptable et c'est pourquoi nous pensons qu'une pause humanitaire est nécessaire pour, au minimum, acheminer l'aide et les fournitures », a souligné l'Irlandais Micheal Martin. La Slovène Tanja Fajon a appelé à un cessez-le-feu humanitaire pour l'établissement de couloirs humanitaires et l'arrivée de l’assistance humanitaire aux civils.
Pour le Luxembourgeois Jean Asselborn, une pause humanitaire serait la bienvenue. « Il faut tout faire pour récupérer les otages et surtout, pour que le peuple qui vit à Gaza puisse être en sécurité avant que l’opération militaire débute », a-t-il expliqué.
De son côté, le ministre tchèque, Jan Lipavský, s’est interrogé sur la faisabilité d’un tel cessez-le-feu. « Une organisation terroriste contrôle Gaza, envoyant quotidiennement des roquettes, perpétrant des attaques barbares sur le territoire israélien. La question est donc de savoir comment un tel cessez-le-feu devrait être établi », a-t-il expliqué.
De même, l’Italien Antonio Tajani a estimé que l’on ne pouvait pas dire à Israël « d'arrêter de se défendre lorsque le Hamas tire des missiles sur ses villes ».
« Ce n'est pas du tout une situation facile. Il n'y a pas de solution noire ou blanche », a résumé leur homologue letton, Krisjanis Karins, alors que pour l'Allemande Annalena Baerbock, qui a souligné que la lutte contre le terrorisme était essentielle, tout comme soulager « les souffrances incroyables des deux millions de personnes à Gaza », « c'est la quadrature du cercle ». « Mais nous devons affronter cette quadrature du cercle ensemble », a-t-elle plaidé.
Soutien à l'aide humanitaire
Quelle que soit leur position sur un cessez-le-feu, les ministres ont apporté leur soutien à l'arrivée de l’aide humanitaire aux Gazaouis.
« Le premier jour, 20 camions ont été autorisés à entrer (dans Gaza). Dimanche, ils étaient une vingtaine de plus. Mais en temps normal, sans guerre, 100 camions entraient chaque jour dans Gaza. Donc, il est clair que 20 camions, ce n’est pas suffisant », a rappelé M. Borrell.
Il a expliqué que les ministres étaient aussi en faveur de l’entrée de carburant à Gaza pour faire fonctionner les centrales électriques et les stations de dessalement, rappelant que sans eau ni électricité, les hôpitaux pouvaient à peine fonctionner.
« Il est important d'apporter plus, plus rapidement, et surtout d'apporter les éléments de base qui permettent de rétablir l'approvisionnement en eau et en électricité », a insisté le chef de la diplomatie européenne. Selon lui, les ministres ont également estimé que l’appui financier à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) devait être poursuivi.
Le ministre autrichien, Alexander Schallenberg, a cependant estimé qu’il fallait s’assurer que les camions apportent bien de l’aide humanitaire.
Relancer le processus politique
Les ministres des Affaires étrangères ont insisté sur l’importance d’éviter un embrasement de la région. « Les risques (d’embrasement) sont là, c'est pourquoi nous travaillons pour que cela ne devienne pas une réalité, donc l'action diplomatique est essentielle », a souligné M. Tajani. « Il est urgent de procéder à une désescalade, en vue de créer un horizon politique pour une solution à deux États », a ajouté son homologue chypriote, Konstantínos Kómbos, estimant qu’en cette période de guerre, il fallait « chercher la lumière ».
Le Conseil a également appelé à la relance du processus politique. « Il ne faut pas perdre de vue l’objectif final : une solution à deux États », a rappelé M. Borrell, annonçant que les ministres avaient décidé que l’UE devait s’engager à relancer le processus politique.
Selon lui, après les événements d’octobre, les objectifs de l'initiative lancée à New York en septembre ne sont plus à la hauteur (EUROPE 13253/30). « Il faut relever la barre de nos ambitions et, pour cela, nous allons devoir travailler avec les collègues des pays arabes pour voir quels sont les paramètres possibles d’un processus politique permettant de briser ce cercle de violence », a précisé le Haut Représentant.
Pour Mme Baerbock, « les Israéliens et les Palestiniens ne peuvent vivre durablement que dans la paix et la sécurité, à l'abri du terrorisme et de la souffrance humaine, avec une solution à deux États. Pour autant que cela puisse paraître loin ces jours-ci, il est d'ores et déjà important d'y réfléchir afin de pouvoir aborder le lendemain ».
Le ministre espagnol, José Manuel Albares, a appelé l’UE à soutenir une conférence internationale de paix « qui ouvre la voie à un État palestinien coexistant dans un bon voisinage, en sécurité et dans une paix définitive avec un État d'Israël ».
Voir le projet de conclusions du Conseil européen : https://aeur.eu/f/97p (Camille-Cerise Gessant)