Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 14 septembre, une nouvelle hausse des trois taux directeurs de la BCE de 25 points de base. C'est la dixième hausse consécutive. Au 20 septembre, le taux de la facilité de dépôt atteindra le niveau historique de 4%, le taux des opérations principales de refinancement 4,5% et le taux de la facilité de prêt marginal s'établira à 4,75%.
S’achemine-t-on vers un plafond du niveau des taux ? Cette fois, le Conseil des gouverneurs a indiqué qu’il considérait que « les taux d’intérêt directeurs de la BCE avaient atteint des niveaux qui, maintenus pendant une durée suffisamment longue, contribueront fortement au retour de l’inflation au niveau de l’objectif au plus tôt ».
Le second élément concerne la durée du maintien de cette politique restrictive. Le Conseil des gouverneurs a indiqué qu’« à l’avenir, il fera en sorte que les taux d’intérêt directeurs de la BCE soient fixés à des niveaux suffisamment restrictifs, aussi longtemps que nécessaire ».
Pour la présidente de la BCE, Christine Lagarde, l’attention va probablement se porter davantage sur cet élément de durée que sur l'élément de niveau des taux. Cependant, elle s’est refusée à affirmer qu'un pic était atteint.
Ces décisions ont été prises à une solide majorité, selon Mme Lagarde. La présidente a cependant souligné que certains gouverneurs auraient souhaité une pause dans les décisions de politique monétaire restrictive pour mieux comprendre et mieux connaître, notamment, l'impact des décisions antérieures.
Plus largement, l’approche décisionnelle du Conseil des gouverneurs demeure dans la ligne des dernières décisions (EUROPE 13231/2) : réunion après réunion, en s’appuyant sur les données (data dependent) pour déterminer le degré et la durée de cette orientation restrictive, en fondant son évaluation des perspectives d’inflation en tenant compte des données économiques et financières, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et de la force de la transmission de sa politique monétaire.
Projections macroéconomiques
Mme Lagarde a qualifié la réunion de « réunion de projection ».
Dans le cadre des projections macroéconomiques de septembre pour la zone euro, les équipes de l'Eurosystème ont revu à la hausse les prévisions d’inflation globale IPCH pour 2023 (5,6%) et 2024 (3,2%) en raison de la trajectoire des prix de l’énergie. Les prévisions pour 2025 ont été revues légèrement à la baisse (2,1%).
L'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) devrait rester élevée : l’équipe entrevoit une moyenne de 5,1% en 2023, de 2,9% en 2024 et de 2,2% en 2025.
Les prévisions de croissance économique ont été revues à la baisse, les équipes de l'Eurosystème estimant que l’évolution de l’impact du resserrement du financement sur la demande intérieure ainsi que le ralentissement économique international et la baisse de la demande pour les exportations de la zone euro freinaient la croissance, « notamment en raison de la diminution des investissements dans le secteur résidentiel et dans les entreprises ».
Bien que le marché de l'emploi reste vigoureux, le secteur des services montrerait également des signes de ralentissement.
La BCE s’attend à présent à ce que la croissance du produit intérieur brut de la zone euro atteigne 0,7% en 2023, 1,0% en 2024 et 1,5% en 2025.
Plus tôt dans la semaine, la Commission européenne avait présenté des projections intermédiaires indiquant également une croissance ralentie pour 2023 (EUROPE 13247/1).
Mme Lagarde a estimé que la zone euro traverse des temps difficiles et que la reprise entrevue pour 2023 avait été repoussée dans le temps à 2024. « Nous sommes confiants dans le fait que la croissance repartira en 2024 », a-t-elle souligné.
Transmission de la politique monétaire
La BCE estime que les hausses antérieures des taux d'intérêt décidées par le Conseil des gouverneurs continuaient d'être transmises avec force, contribuant à freiner la demande. « Il y a des indications que le cycle actuel de hausse se répercute sur les conditions de financement plus rapidement que les précédents », a précisé la présidente.
Christine Lagarde a assuré que l'objectif recherché n'était pas de provoquer une récession, mais de poursuivre le mandat pour garantir la stabilité des prix (la BCE a pour objectif d'atteindre 2% d'inflation à moyen terme et de manière symétrique).
Verdissement du portefeuille
Mme Lagarde n’a pas fait d’annonce sur le verdissement du portefeuille de la BCE. Elle a estimé que, grâce à son mécanisme d'achats favorisant les obligations d’entreprises présentant une meilleure performance environnementale (tilting mechanism), la BCE était alignée sur l’Accord de Paris jusqu’à la fin 2023.
Elle a toutefois indiqué qu’avec la fin des réinvestissements au titre du programme d’achats d’actifs (APP) (EUROPE 13202/6, 13230/24), et compte tenu du volume très limité d'obligations d'entreprises détenues au titre du programme lancé pour parer à l'urgence de la pandémie de Covid-A9 (PEPP), la BCE allait se pencher sur cette question, et que le personnel de la BCE proposerait des options afin de rester en conformité avec l'Accord de Paris.
Lien vers les décisions : https://aeur.eu/f/8k5 (Émilie Vanderhulst)