Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), réuni à Francfort pour sa réunion de politique monétaire, jeudi 15 juin, a décidé de relever les trois taux directeurs de la BCE de 25 points de base. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a indiqué que les pressions inflationnistes avaient certes diminué, mais que les projections indiquaient que les taux d'inflation pourraient rester trop élevés pendant trop longtemps.
Le 21 juin, les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement seront donc relevés à 4%, les taux de la facilité de prêt marginal à 4,25% et les taux de la facilité de dépôt atteindront 3,5%.
Mme Lagarde a toutefois a indiqué, une nouvelle fois, que la BCE avait encore du chemin à parcourir, tout en ajoutant qu’à moins d’un changement matériel dans ses références (baseline), il était fort probable que la BCE relève à nouveau ses taux en juillet.
La présidente Lagarde n'a pas souhaité fournir de commentaire sur le taux final (terminal rate), indiquant que ce qui motivait les délibérations de la BCE était l'objectif de 2% d'inflation à moyen terme.
Par ailleurs, la BCE a confirmé la fin des réinvestissements dans le cadre de son programme d’achats d’actifs (APP) à partir de juillet 2023. La présidente a indiqué que la BCE resterait attentive, mais qu'elle avait des raisons de penser que cela serait bien absorbé par le marché.
En ce qui concerne le programme d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP), le dernier élément d’orientation (forward guidance) en matière de politique monétaire de la BCE, les réinvestissements continuent au moins jusqu’à la fin de 2024 avec flexibilité, « si et lorsque cela est nécessaire ».
En outre, à la fin du mois, les banques devraient achever de rembourser comme prévu 477 milliards d’euros des prêts obtenus au titre du TLTRO lll.
Les décisions monétaires seront guidées réunion par réunion par les données (data-dependent) et basées sur l’examen des perspectives d’inflation en tenant compte des données économiques et financières, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire de la BCE.
Christine Lagarde a déclaré à ce propos que les décisions précédentes de resserrement se transmettaient de manière « vigoureuse » aux conditions de financement.
Projections macroéconomiques
Mme Lagarde a indiqué que l’analyse des projections économiques de l'Eurosystème avait été au centre de cette réunion de juin.
Selon les projections macroéconomiques de juin effectuées par les services de l’Eurosystème, l’inflation globale devrait s’élever, en moyenne, à 5,4% en 2023, pour décroître à 3,0% en 2024 et à 2,2% en 2025.
L’Eurosystème a légèrement réévalué à la hausse ses prévisions pour l'inflation sous-jacente, notamment « en raison de la vitalité du marché du travail », et estimé qu’elle atteindra en moyenne 5,1% en 2023, pour décroître à 3,0% en 2024 et à 2,3 % en 2025.
Les projections de croissance de juin ont également été revues à la baisse pour 2023 et 2024. Les services de l'Eurosystème estiment que la croissance du produit intérieur brut (PIB) devrait atteindre 0,9% en 2023, 1,5% en 2024 et 1,6% en 2025.
En outre, Mme Lagarde a indiqué que beaucoup de temps avait été consacré aux données du marché du travail « parce qu'il est en train de devenir l'une des principales composantes des moteurs de l’inflation ». La présidente a déclaré que la BCE se penchait sur les dynamiques autour des coûts unitaires de main-d'oeuvre, qui ont un impact sur l'inflation, « et c'est d'autant plus important que de nombreux services qui jouent un rôle important dans notre économie sont à forte intensité de main-d'œuvre, et les salaires jouent un rôle-clé à cet égard ».
Cependant, Christine Lagarde a indiqué ne pas observer, pour le moment, de spirale « prix-salaire ».
Elle a ajouté qu’il revenait aux partenaires sociaux de décider de la voie à suivre, mais qu'il était préférable que les entreprises et les salariés évitent de rechercher, dans leurs négociations, une pleine compensation en réponse à l’inflation, ce qui pourrait entraîner des effets de second tour.
Lien vers les décisions : https://aeur.eu/f/7in (Émilie Vanderhulst)